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Marine Le Pen, l’histoire et le souffle épique

Marine Le Pen à l'occasion de son discours sur la place de l'Opéra à Paris, le 1er mai 2014. Comme d'autres, notamment Charles Martel, Jeanne d'Arc est une figure historique tutélaire pour le parti d'extrême-droite.

Marine Le Pen à l’occasion de son discours sur la place de l’Opéra à Paris, le 1er mai 2014. Comme d’autres, notamment Charles Martel, Jeanne d’Arc est une figure historique tutélaire pour le parti d’extrême-droite.

En cette veille du second tour des élections départementales, un petit billet court pour faire état d’une réflexion fugace suite à la découverte des travaux de Cécile Alduy, notamment de son dernier ouvrage [1], avec le visionnage de cette vidéo. Cette dernière y présente et y résume, au cours d’un débat organisé par la Fondation Jean Jaurès, son propos, qui est d’affirmer que si la forme du discours de la députée européenne a subie de nombreuses modifications du fait de la stratégie de « dédiabolisation » du Front National, le fond est, quant à lui, demeuré le même. Chacun tirera les conclusions politiques et citoyennes d’un tel argumentaire, infirmer ou confirmer cela ne sera pas le but de ce billet.

En effet, en tant qu’historien nous y avons perçu autre chose. De fait, comme cela ne saurait être réellement une surprise, l’analyse des ressorts intellectuels et idéologiques des discours des élus frontistes mettent en évidence, sur le plan historique, une importance très forte de l’histoire nationale, avec tout son cortège de référentiels chronologiques et autres « grands personnages ». Tout cela se place très clairement dans l’optique d’un rappel des « grandeurs » de la France. Une version revue et corrigée façon 2015 de l’histoire de France telle que mise en récit durant la IIIème République. Rien d’exceptionnel donc.

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Controverse autour des missions du CVUH. Le syndrome du social-traître ?

Be-CredibleComme nous l’avons fait remarquer sur la page Facebook de ce blog, nous connaissons et apprécions le principe qui a amené à la création du CVUH (Comité de Vigilance sur les Usages publics de l’Histoire) ainsi que, de façon générale, leur travail, même si nous avions déjà émis une petite série de critiques au moment de leur débat avec Guillaume Foutrier. En effet, en conclusion de ce billet ancien, nous expliquions alors que nous prenions quelque peu nos distances avec le Comité.

Les légères outrances verbales de Guillaume Foutrier auront eu le mérite de faire parler, comme le prouve la longueur et le nombre des commentaires sur les différents articles du « dossier », ainsi que nous amener à clarifier certaines situations. De fait, si nous apprécions généralement le travail des membres du CVUH – avec qui nous avons eu l’honneur de travailler – et de l’Aggiornamento, nous en venons à penser que sur certains sujets, nos convictions sont en contradiction avec les leurs. La guerre picrocholine de Guillaume Foutrier aura, donc, au moins eu cet intérêt : mettre nos idées au clair sur ces questions et tracer notre propre chemin en dehors de ces associations.

Nous avons eu beaucoup de plaisir à travailler avec eux sur la figure de Bernard Lugan et ses falsifications inadmissibles autour des événements du 17 octobre 1961. Toutefois, outre des querelles de personnes qui n’intéressent que les principaux protagonistes et sur lesquelles nous ne nous appesantirons pas plus, désormais il va nous être impossible de collaborer avec eux, ce que nous regrettons. Passé les conflits égotistes, notre rupture avec le CVUH tient surtout à des raisons de fond.

Naissance de la polémique

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Une histoire pour les rassembler tous ? Charlie Hebdo et la place de l’histoire en France

Et dans la communauté nationale les lier ?

Et dans la communauté nationale les lier ?

De nombreuses personnes se sont émues après l’attaque contre le journal satirique Charlie Hebdo le 7 janvier dernier, et les prises d’otages en région parisienne, le 9 janvier. Et c’est bien compréhensible. Dans le même temps, tant sur Internet et les réseaux sociaux que dans notre entourage proche, les discussions sont allées bon train. Outre les diverses inquiétudes, il nous a semblé que plusieurs débats en revenaient à la thématique de l’unité de la nation française et ce qui fait cette unité. Il a aussi beaucoup été question du fameux « vivre ensemble » et de comment le retrouver.

Or, depuis le XIXème siècle, notamment la seconde moitié, l’histoire a toujours été envisagée comme éducatrice de la nation.

Clio, pédagogue de la Nation

Nous en voulons pour preuve l’analyse qu’en fait Antoine Prost [1]

Or la question qui domine la société française au XIXème siècle est la question politique posée par la Révolution ; c’est le conflit entre l’Ancien Régime et ce qu’on nommait alors la société « moderne » ou « civile », c’est-à-dire sans roi et sans dieu. […] L’histoire prend ainsi, dans la société française, la place que l’économie tient dans la société britannique. […] En France, Guizot, Thiers, A. Thierry, Tocqueville, Michelet, dominent la scène parce qu’ils s’attaquent à la question décisive de la Révolution et des origines de la société moderne.

Ce faisant, ils expliquent aux Français leurs divisions, ils leurs donnent sens, ce qui leur permet de les assumer et de les vivre sur le mode politique et civilisé du débat plutôt que sur le mode violent de la guerre civile. La médiation de l’histoire a permis, par un détour réflexif, d’assimiler, d’intégrer l’événement révolutionnaire et de réaménager le passé national en fonction de lui. La société française s’est représentée à elle-même par l’histoire, elle s’est comprise, elle s’est pensée par l’histoire. En ce sens, il est profondément exact que l’histoire fonde l’identité nationale.

Encore aujourd’hui, en 2015, l’histoire en France, de son enseignement dans les classes du primaire et secondaire à ses avatars pour le « grand public » adulte, serait-elle donc condamnée à endosser ce rôle de ciment indestructible de la Nation ? Doit-on souhaiter le retour d’un « roman national » permettant de créer du liant entre les Français ? Dans une émission de radio récente, le philosophe Alain Finkielkraut n’était pas loin de le penser, ou en tout cas mettait en avant la figure de « l’instituteur national », Ernest Lavisse, grand chantre de ce roman à travers les manuels scolaires qui portent son nom.

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