l'histoire est un combat

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De l’hystérie autour des nouveaux programmes d’histoire-géographie du collège

« Alors là tu vois Moussa c'est le gentil Charles Martel qui a tapé sur les méchants Arabes qui voulaient nous envahir lors de la bataille de Poitiers en 732 »  Le rêve des déclinologues, le retour à un enseignement patriotique de l'histoire.

« Alors là tu vois Moussa c’est le gentil Charles Martel qui a tapé sur les méchants Arabes qui voulaient nous envahir lors de la bataille de Poitiers en 732 »
Le rêve des déclinologues, le retour à un enseignement patriotique de l’histoire.

Périodiquement les programmes d’enseignement d’histoire-géographie du secondaire sont révisés. C’est à la tâche de réformer ceux du collège que s’attelle actuellement le ministère de l’Education nationale, aidé du Conseil Supérieur des Programmes. Le détail en est disponible ici. Comme à l’accoutumée, à cette occasion les débats sont vifs. Pour un état général des différentes critiques les plus folles, nous renvoyons à cet article de Christophe Naudin pour Histoire pour tous.

Nous ne saurions trop rappeler que, à l’heure actuelle, les nouveaux programmes, notamment en histoire-géographie, ne sont qu’au stade de projet et que de nombreuses étapes consultatives et délibératives sont prévues avant leur adoption définitive et donc leur mise en place. De même, un des principes fondamentaux de la corporation enseignante tient à l’atout de la liberté pédagogique. Celui-ci n’implique pas de pouvoir enseigner n’importe quoi, mais de laisser à l’enseignant la souplesse de pouvoir atteindre l’objectif fixé par les programmes de la manière qui lui paraît la mieux adaptée eu égard à ses élèves et à ses méthodes personnelles. Par conséquent, toutes les polémiques autour des sous-entendus politiques des programmes sont toujours absurdes étant donnée que les enseignants ont une capacité d’agir, une agency, forte.

Diriger c’est faire des choix

Par ailleurs, même si notre poste actuel d’assistant d’éducation implique que nous ne faisons pas partie de « l’engeance des seigneurs » que constitue les enseignants au sein de l’Education Nationale, nous avons essayé de comprendre les différentes composantes de la nouvelle réforme du collège mise en place par Najat Vallaud-Belkacem.

Cela a donné des discussions animées et franches – pour ne pas dire tendues – sur les réseaux sociaux [1]. Il demeure qu’il nous semble nécessaire de concevoir cet allègement probable des programmes en lien avec les projets de nouveaux enseignements interdisciplinaires, les EPI. Ces derniers – dont la pertinence et/ou la faisabilité peut être contestable, mais ceci est un autre débat –  ne sont rendus possibles que par une diminution des volumes des programmes. Il s’agit donc d’un changement profond, choix qui mérite débat, mais qui se respecte. Un pas de plus en direction de la tête bien faite contre la tête bien pleine donc, même si nous sommes tout à fait conscient que résumer ainsi est réducteur et que de toute manière les deux approches ne sont pas fondamentalement antagonistes.

Des programmes contestables, mais pas pour les ineptes raisons habituellement invoquées

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#UnBonLivred’HistoirePourFinkie ? Ecouter Alain Finkielkraut à travers le prisme des « historiens de garde »

Alain Finkielkraut

Alain Finkielkraut

Nous devons avouer que nous n’avons pas une connaissance livresque du travail d’Alain Finkielkraut. C’est sûrement dommage. Surtout que nous avons eu de bons échos de ses premières oeuvres de jeunesse, notamment ses collaborations avec Pascal Brückner. Pour l’instant, notre entendement des écrits et de la pensée « finkielkrautienne » se limite à ses interventions télévisées ou radiophoniques, ses interviews dans la presse écrite ainsi que les opinions de journalistes ou blogueurs (ici et ) à son sujet.

En ce sens les réseaux sociaux, essentiellement Facebook et Twitter, ont cela de merveilleux qu’ils nous tiennent au courant des dernières actualités historiques. Nous ne pourrons donc jamais assez remercier tout ces contributeurs – volontaires et surtout involontaires – à l’avancée de nos connaissances sur certains sujets. Ils sont les pourvoyeurs quotidiens de savoirs ou d’opinions qui nous étaient jusque-là inconnus. Cela a été notamment le cas avec des éléments du débat houleux et passionné suite à la sortie du dernier livre d’Alain Finkielkraut, L’identité malheureuse. De même avec l’opération « Une BD pour Finkie » (#UneBDpourFinkie sur Twitter), le titre de ce billet étant d’ailleurs une forme de clin d’œil à cette opération.

Malgré toutes les informations glanées ça et là ainsi que nos réflexions personnelles, ce n’est assurément pas assez pour juger l’ensemble de la prose du philosophe – ce qui ne sera pas, de toute façon, notre ambition dans les lignes qui vont suivre – , mais il nous semble que ce sont des éléments relativement suffisants pour aborder ses dernières productions. En ce sens, il sera nécessaire d’analyser une de ces dernières réflexions historiques à travers le prisme de L’identité malheureuse et de son rapprochement, plus ou moins conscient, avec une certaine pensée réactionnaire. On pensera, par exemple, à l’amitié personnelle, mais aussi et surtout intellectuelle entre Alain Finkielkraut et Renaud Camus, comme le fait remarquer Jean Birnbaum.

De fait, au cours d’une de ces interventions radiophoniques, le 26 avril 2014, l’animateur de Répliques sur France Culture s’interroge sur un sujet bien particulier : « L’histoire de France a-t-elle encore un sens ? ». Ce n’était pas, bien entendu, un monologue, mais un débat contradictoire avec, cette fois-ci, Patrick Boucheron, professeur d’histoire médiévale à Paris 1, et Pierre Nora, historien, directeur de l’œuvre collective Les lieux de mémoire en 1984 et, plus anciennement, directeur de la revue scientifique Le Débat depuis 1980.

Du « sens de l’histoire », approche théorique

Avant même de commencer l’écoute de l’émission et des différentes interventions, une question, bien plus large que le strict cas français, émerge : qu’entend Alain Finkielkraut par « sens de l’histoire » ? Nous regrettons que Pierre Nora et Patrick Boucheron n’aient pas réellement remis en question l’expression de « sens de l’histoire ». La question de l’éventualité d’un possible « sens de l’histoire » est un thème épistémologique important et sérieux. Il mérite qu’on s’y attarde, même pour le nier. Pour la présentation des différentes théories en présence, je renvoie à cet article de la revue Sciences Humaines dans son numéro de juin 2011. (suite…)

Brevet d’histoire-géographie/ECJS 2012 : fils spirituel de Guy Môquet ?

Nicolas Sarkozy à la base française de Tora Bora, le 12 juillet 2011.

Nicolas Sarkozy à la base française de Tora Bora, le 12 juillet 2011.

Je voulais parler de ce sujet depuis que j’en ai pris connaissance, au début du mois de juillet, mais les soubresauts de la querelle deutschienne m’ont forcé à repousser l’écriture de cet article. Mon intérêt cette année pour le brevet des collèges, le mien remontant à très longtemps maintenant, est venu suite à la lecture du témoignage et du point de vue de Véronique Servat, professeure d’histoire-géographie au collège Paul Eluard de Montreuil. Celui-ci est paru sur le site Le plus du Nouvel Observateur en date du 30 juin dernier. L’enseignante explique, de manière claire et sobre, ce qui la choque : les sujets des épreuves d’histoire-géographie et d’ECJS. Il s’entend que nous discutons des sujets des épreuves de la série générale, ceux qui ont été distribués au plus grand nombre d’élèves. A noter que les arguments utilisés sont de deux ordres : pédagogiques et plus politiques. Le titre s’explique par le fait qu’à mon sens on peut retrouver la même logique entre la lecture de la lettre de Guy Môquet voulue par Nicolas Sarkozy et le brevet des collèges de cette année

Pour rester, dans un premier temps, sur les arguments strictement pédagogiques, il nous faut nous pencher sur l’épreuve d’histoire. Celle-ci est disponible en ligne sur le site du Web pédagogique. Elle se compose de trois documents, trois questions (sur 3, 2 et 3 points) et d’un paragraphe argumenté d’une vingtaine de lignes (10 points). Le premier document est un texte d’une petite dizaine de lignes, une lettre d’un poilu à sa mère tiré de l’ouvrage de Jean-Pierre Guéno et Yves Laplume, Paroles de poilus : lettres et carnets du front, 1914-1918L’auteur de la lettre, Gaston Biron, décrit les conditions de vie difficiles et précaires dans les tranchées en septembre 1916. Les deux derniers documents mettent en lumière, grâce à des illustrations, la condition des femmes dans une usine de fabrication d’armement ainsi que les besoins financiers de l’Etat français par le biais d’une affiche appelant les Français à souscrire au « 3ème emprunt de la défense nationale ». La première image nous montre six femmes de front au premier plan et plusieurs autres à l’arrière plan, toutes étant entourées par de nombreux obus. Leurs expressions faciales sont graves, mais on peut sentir une certaine fierté du travail accompli grâce à des rictus sur le visage de certaines des femmes du premier plan, les visages de celles de l’arrière plan étant trop petits pour pouvoir deviner la nature de leurs émotions avec un certain degré de certitude.

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