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Populariser le savoir ? Le complexe du docte et de l’écolier

It-May-Cost-Life-Think-before-you-writeCe billet est la reprise d’un article paru au cours du mois d’avril 2015 sur le site du groupement de travail Fragments des Temps Présents, œuvrant notamment autour des questions d’humanités numériques et des radicalités politiques.

J’essaye d’y livrer une réflexion personnelle autour de la thématique de popularisation du savoir, notamment historique. Si la question du pourquoi est assez superflue – l’utilité sociale d’une diffusion massive des savoirs n’étant plus à démontrer – , celle du comment demeure un espace de réflexion que la communauté historienne se doit d’investir. Par ce texte, ce blog essaye d’en prendre sa part, mais il est tout à fait clair que toute solution se devra d’être collective.


A contrario des deux intervenants précédents, Fabien Escalona et Emilien Ruiz, je ne suis pas chercheur. Ni de près, ni de loin. Je n’ai pas réellement fait mes preuves dans le domaine scientifique. Pas encore, diront les optimistes. Il demeure que je ne suis actuellement rattaché à aucune structure universitaire ou quelconque organisme de recherche. Mon dernier fait d’armes universitaire a été l’obtention d’un Master recherche, spécialité histoire ancienne, délivré par l’université de Strasbourg, en juin 2011. D’une si petite « chaire », grande fut donc ma surprise lorsque Nicolas Lebourg me demanda de livrer mes impressions sur ce que devrait être un intellectuel 2.0, sur son « rôle social » et plus largement de livrer mon sentiment sur la popularisation des savoirs. A travers mon blog, j’ai entamé quelques réflexions autour de ces notions, mais je ne saurais me considérer comme un spécialiste de ces questions. Par conséquent, qu’il, ainsi que toute l’équipe de Fragments des Temps Présents, soit ici remercié de la confiance qui m’est témoigné.

Ego trip numérique

Comme beaucoup de personnes, mon « moi numérique » – comme l’a ainsi dénommé Emilien Ruiz – a démarré son existence dans la masse des comptes et autres profils sur les différents réseaux sociaux. Il n’a réellement commencé à prendre son essor il y a environ trois ans, seulement, avec la création de mon premier blog, « unetudianthistorien », le 16 février 2012. Au départ, les deux n’avaient aucune ambition scientifique ou intellectuelle, simplement passer du temps et exprimer des opinions en espérant que mon entourage me lise avec bienveillance. Toutefois, les remous de « l’affaire Métronome » – du nom du premier ouvrage « historique » du comédien Lorant Deutsch – et les hasards d’Internet ont fait que je suis rentré en contact avec plusieurs personnes, notamment William Blanc et Christophe Naudin, qui m’ont amenés à m’intéresser à la thématique de la popularisation du savoir historique. Cela cadrait assez bien le questionnement existentiel qui me travaillais un peu à cette époque : comment faire en sorte que mon savoir universitaire « serve à quelque chose », qu’il soit « utile » à la société ? De même, avec la nécessité de croiser le fer avec ceux – de droite comme de gauche, historiens ou « profanes » plus ou moins bien établis médiatiquement/politiquement – qui se servent de l’histoire et en font donc une « histoire serve ». Je pensais alors – et considère toujours – qu’un lecteur dubitatif devait avoir la possibilité de trouver réponses historiques à ses interrogations. Que la contradiction puisse exister et qu’elle ne demeure pas dans les discussions feutrées d’un cercle amical, que ce soit sur les réseaux sociaux ou autour d’un breuvage plus ou moins alcoolisé. Que soient également mises en lumière les utilisations politiques de références historiques par des acteurs sociaux, notamment des partis ou organisations politiques [1]. En cela, cette vision s’inscrivait assez bien dans la ligne intellectuelle du CVUH (Comité de Vigilance face aux Usages publics de l’Histoire), tout en ne la recoupant pas complètement. In fine j’étais donc très fortement attiré par l’idée de la nécessité morale de cet engagement.

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Lorant Deutsch et les deux universitaires

La métaphore choisie par Benoit Vaillot était, certes, un peu triviale, mais elle a l'intérêt de bien mettre en avant ce qu'est l'histoire "à la Lorant Deutsch", un sous-produit industriel.

La métaphore choisie par Benoit Vaillot était, certes, un peu triviale, mais elle a l’intérêt de bien mettre en avant ce qu’est l’histoire « à la Lorant Deutsch », un sous-produit industriel.

Comme nous l’expliquions dans notre dernier billet, les articles de ce blog se font peu à peu plus espacés les uns des autres. Cela ne revient pas à affirmer que nous nous désintéressons grandement des dernières actualités concernant les usages publics de l’histoire ainsi que des différents acteurs qui s’agitent. Dans les brouillons de ce blog et dans notre esprit, des opinions concernant les prises de position d’Eric Anceau, certaines des questions mises au programme des concours de l’enseignement ou encore au sujet des récentes commémorations du premier conflit mondial, dorment, n’attendant qu’une plus grande amplitude horaire pour être écrits.

Dans ces conditions, nous ne pouvons livrer que des billets dont la conception est relativement rapide, contrairement à la nécessaire recherche, compilation et déconstruction de discours des articles en préparation énoncés précédemment. Par conséquent, nous voudrions revenir rapidement sur la dernière apparition médiatique de Lorant Deutsch lors du talk show, Un soir à la tour Eiffel.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, nous tenons à signaler que le titre de cet article ne cache aucun mépris larvé pour les deux intervenants, Benoit Vaillot et Thibault Le Hégarat. Pour avoir déjà un peu discuté avec eux sur Twitter, nous savons pertinemment que ce sont des personnes appréciables – au moins historiquement parlant – et qu’elles sont compétentes, le premier étant agrégé d’histoire et le second certifié et doctorant en histoire contemporaine. En outre, le texte [1] expliquant les raisons de leur choix de participer à l’émission est excellent.

Non, le point qui nous intéresse tout particulièrement aujourd’hui se situe plutôt du côté de France 2 et de la société de production de l’émission Un soir à la tour Eiffel, Troisième Oeil productions. Une fois de plus nous voudrions réfléchir à voix haute, dans une perspective métahistorique, à la place de l’histoire et des historiens dans la société française, et ce à travers l’exemple des médias. Par conséquent, nulle opération de « fact checking » ou de déconstruction de la prose ferrando-deutschienne ne sera entreprise ici.

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Deux mondes qui ne peuvent se comprendre ? Réflexion sur la popularisation à la lecture d’Antoine Prost

Antoine Prost

Antoine Prost

Depuis quelques jours, en plus du redémarrage des lectures pour les concours de l’enseignement, nous avons entamé la lecture d’un nouvel ouvrage d’épistémologie de l’histoire, Douze leçons sur l’histoire d’Antoine Prost, paru en 1996. Il nous a été chaudement recommandé par Sophie Dulucq sur Twitter. Même si nous ne l’avons pas encore fini – et qu’il n’a donc pas encore été chroniqué dans la section « J’ai lu » – , nous pouvons déjà affirmer que ce livre est un must read. En effet, l’expression y est claire, l’esprit parfois un peu taquin, notamment lorsqu’il parle des « conflits » au sein de la corporation historienne, et le contenu foisonnant et utile.

Lecture critique de quelques passages d’Antoine Prost

Pour l’instant et dans notre optique de réflexion autour de la notion de popularisation de l’histoire, nous en retirons deux passages intéressants. Tout d’abord, Antoine Prost explique [1]

On a pu ainsi soutenir la thèse d’un double marché de l’histoire, comme des autres sciences sociales. D’un côté, un marché académique, où la compétence scientifique est attestée par des travaux érudits et la reconnaissance accordée par les pairs, concurrents virtuels peu enclins à l’indulgence. Ici la valeur est rémunérée par des gratifications symboliques ou morales, puis éventuellement par des avantages de carrière. D’un autre côté, le marché du grand public. Ici, les qualités les plus prisées ne sont point la nouveauté (on peut réécrire le même Jeanne d’Arc tous les quinze ans…), ni l’originalité méthodologique, encore qu’elles puissent constituer un piment intéressant. Ce sont celles qui assurent le succès auprès des profanes : l’ampleur et l’intérêt du sujet, une mise en oeuvre synthétique et élégante, débarrassée de l’appareil critique, parfois la charge idéologique de l’ouvrage et la capacité de l’auteur – ou du service de presse de sa maison d’édition – à susciter des commentaires élogieux. Sur ce marché, le verdict du nombre est souverain : il entraîne des rémunérations en termes de notoriété, de tirages et de droits d’auteur.

On peut mesurer la pertinence toujours actuelle de ces propos lorsque l’on se souvient qu’une des justifications de Lorant Deutsch du bien fondé de ses intentions au cours des différentes polémiques – notamment celle autour de Métronome – était d’intéresser le « grand public », la preuve de l’efficacité de sa méthode figurant dans des arguments comptables et des chiffres de vente.

Plus loin, autour d’un débat entre « pertinence sociale et pertinence scientifique », Antoine Prost affirme [2] (suite…)