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Lorant Deutsch sait-il lire ? Ou le mystère des « milliers de familles musulmanes venues d’Afrique du Nord »

lectureLa question peut paraître un peu provocatrice, mais je commence très sérieusement à me la poser. Elle me trottait déjà dans la tête à l’époque de Métronome suite à l’épisode de la datation du Louvre à l’époque de Clovis fondée sur une mauvaise lecture des écrits d’Henri Sauval. En effet, l’auteur du XVIIème siècle affirmait noir sur blanc que, pour lui, le Louvre ne pouvait être plus ancien que l’époque de Philippe Auguste. Des éléments récents sont venus réactiver cette interrogation.

Il y a quelques jours, les pourfendeurs des « historiens de garde » ; Aurore Chéry, Christophe Naudin et William Blanc ; ont publié une tribune sur le site internet du Huffington Post où ils s’en prennent, avec raison et force arguments, à la vision fortement teintée de références idéologiques d’extrême-droite de Lorant Deutsch concernant la bataille de Poitiers, en 732. L’acteur y a répondu avec véhémence sur le plateau d’Anne-Sophie Lapix lors de l’émission C à vous du jeudi 3 octobre 2013. Outre son point de vue sur la polémique, cette prise de parole nous apprend un fait très intéressant sur la genèse du chapitre « Le Croissant et le Marteau » racontant la bataille de Poitiers. De fait, vers 2’30″, Lorant Deutsch lève le voile sur une part de sa bibliographie. Il cite notamment une biographie de Charles Martel écrite par Jean Deviosse. Curieux j’ai pu profiter de la profondeur du fonds de la médiathèque André Malraux de Strasbourg pour m’en procurer un exemplaire et donc vérifier sur pièces les dires de Lorant Deutsch.

Jean Deviosse, un historien fiable ?

Avant d’en venir au fond du débat, il nous semble d’abord nécessaire de faire l’exégèse de l’ouvrage de Jean Deviosse, paru pour la première fois en 1978 et republié récemment, en 2006, par les éditions Tallandier. Une rapide recherche internet ne m’apprend pas grand chose sur l’auteur donc je dois me contenter de la mention de la quatrième de couverture. Celle-ci affirme :

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Poitiers, 732 : symbole des mirages historiques de l’extrême-droite

A gauche le sanglier, symbole du Bloc Identitaire. A droite le bouclier frappé du lambda, emblème de Génération Identitaire, section jeunesse du Bloc Identitaire

A gauche le sanglier, symbole du Bloc Identitaire. A droite le bouclier frappé du lambda, emblème de Génération Identitaire, section jeunesse du Bloc Identitaire

Malgré les nombreuses occupations qui m’accablent, je prends la plume aujourd’hui suite à plusieurs détails intéressants lors de la dernière manifestation du groupe d’extrême-droite Génération Identitaire, organisation de jeunesse du Bloc Identitaire, avec le déploiement d’une banderole appelant à un référendum sur les sujets de l’immigration et d’une prétendue, selon eux, « islamisation » de la France au-dessus de la mosquée en construction à Poitiers. Pour plus de clarté je reproduis ici une représentation de la banderole en question :

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Toutefois, avant de parler de la référence la plus clairement visible, la date de 732 et le renvoi vers la célèbre « bataille de Poitiers », même si celle-ci n’a pas eu lieu dans le bucolique Poitou, mais plutôt en Touraine, je voudrais évoquer quelque chose qui ne laisse pas insensible mon coeur d’helléniste. Certes, de nombreuses descriptions de boucliers sont connues pour l’Antiquité grecque que ce soit dans des contextes héroïques, notamment le bouclier d’Héraclès dans le poème d’Hésiode, ou humains, de nombreuses descriptions de boucliers ou de représentations de combats hoplitiques sur des vases laconiens, mais aucun ne semble porter l’iconographie ci-dessus. Tous sauf un. En effet, si on rapproche ce symbole de celui que l’on peut voir sur le bouclier des Spartiates dans un film récent, 300 de Zack Snyder, il est éventuellement possible de trouver un lien. Néanmoins, la présence de ce lambda (Λ) sur le bouclier spartiate n’est pas qu’une simple fantaisie hollywoodienne puisque l’on connait des évocations de ce symbole grâce à des textes d’Eupolis, transmis par Photius, et de Xénophon, très fin connaisseur de l’armée spartiate de la fin du Vème/début du IVème siècle avant notre ère puisqu’il en a fait partie. Si le rapprochement Génération Identitaire/Sparte ne peut être à la base qu’une simple hypothèse, également envisagée ici, elle devient une évidence lorsque l’on écoute attentivement le texte de la « déclaration de guerre » de Génération Identitaire où on peut trouver cette phrase :

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