l'histoire est un combat

Accueil » Posts tagged 'L’ombre d’un doute'

Tag Archives: L’ombre d’un doute

Etre honnête avec Franck Ferrand

Franck FerrandAprès avoir été extrêmement critique sur Franck Ferrand dans de nombreux articles précédents, il est temps, je crois, de faire un petit mea culpa vis-à-vis du présentateur, au moins pour ce qui est de son émission télévisée L’ombre d’un doute. En effet, il y a quelques jours, le 8 janvier 2014, j’ai eu l’occasion de voir le dernier numéro de l’émission consacré à Florence. Par curiosité, que je viens bien qualifiée d’un peu malsaine je l’avoue… , j’ai pris sur mon temps de détente télévisuelle pour vérifier si Franck Ferrand était aussi contestable à ce moment qu’il peut souvent l’être ailleurs. Et bien je peux dire que j’ai été agréablement surpris. Tellement que j’en ai tweeté un message à Franck Ferrand (même si je doute qu’il me lise vu qu’il m’a bloqué…).

Il faut toutefois chercher à comprendre le pourquoi de ce revirement ? Aurait-il relu ses classiques historiographiques, trouver de l’intelligence dans un ou arrêter de souscrire à la première lubie historiographique venue (je cite pêle-mêle le génocide vendéen, l’emplacement de la bataille d’Alésia à Chaux-des-Crotenay ou encore la relation homosexuelle entre Léonard de Vinci et son élève Salai) pour la seule raison qu’elle n’est pas dans « l’universitairement correct » ? Diantre non, cela serait trop beau ! Il persiste et signe récemment, notamment pour Alésia. Il faut croire que pour ce numéro (et dans une certaine mesure pour celui sur Jésus), il a compris quel doit être, selon moi, son rôle : passeur d’assiettes ou, pour être plus sympathique (politiquement correct ?) avec l’animateur, passer la parole aux gens qui savent (historiens ou non). Il n’en demeure pas moins qu’on pourra regretter le choix de certains intervenants, notamment Jack Lang pour parler de Laurent le Magnifique. Certes, l’ancien ministre a écrit il y a quelques années une biographie du prince italien, mais elle est notoirement de piètre qualité.

(suite…)

Le problème de l’ingérence des politiques en Histoire

Capture d'écran de la publicité de France pour une diffusion de l'épisode en question

Capture d’écran de la publicité de France pour une diffusion de l’épisode en question

Cet article pourrait tout aussi bien s’appeler : Jean-Luc Mélenchon et Alexis Corbière contre Franck Ferrand ou De l’art de desservir une cause. Certes, comme dit l’adage, l’enfer est pavé de bonnes intentions, mais parfois un cœur pur et sincère ne sert à rien. De fait, je voudrais réagir à l’initiative

d’Alexis Corbière et Jean-Luc Mélenchon d’interroger le président de France Télévisions concernant la multidiffusion de l’émission de Franck Ferrand, L’ombre d’un doute, sur Robespierre et la Vendée. Si les auteurs de la lettre ont tout à fait raison sur le fond de l’affaire, le contenu du reportage étant orienté et désire démontrer l’existence d’un génocide vendéen qui n’est que pure légende et volonté polémique idéologique de Reynald Sécher et ses partisans. Je salue même leur demande d’un droit de réponse des historiens sur la question. Néanmoins, je crédite le texte des élus de deux écueils majeurs. Le premier est relativement ponctuel puisque les auteurs écrivent que :

(suite…)

Les dates, malaise de l’historien ou l’incompréhension entre la communauté scientifique et la société

Le bâtiment parisien des Archives Nationales, siège du projet de la Maison de l'Histoire de France

Le bâtiment parisien des Archives Nationales, siège du projet de la Maison de l’Histoire de France

Quel historien, ou étudiant en histoire, n’a pas vécu le malaise de l’incompréhension au moment où, lors d’un repas de famille ou d’une discussion avec d’autres non historiens ou non passionnés par Clio, on ne sait pas répondre à la question fatidique du :  » Que s’est-il passé au jour A, mois B de l’année Y ? ». Vu que nous ne sommes pas tous des érudits sur l’ensemble des périodes historiques, cette déconvenue est relativement fréquente. Dans le regard des autres et, allons plus loin, de la société toute entière, c’est comme si nous ne servions à rien puisque nous ne sommes pas en mesure d’effectuer ce qu’elle attends de nous : être une tête bien remplie de dates en tous genres et donc de personnages historiques hauts en couleurs. De même, la mauvaise popularité de l’Histoire, institutionnelle non la discipline en tant que chose intellectuelle et éthérée, vient également, à mon sens, du fait que la communauté universitaire a depuis bien longtemps fait son Bade Godesberg en matière de grands personnages historiques. Après la négation d’un quelconque poids à partir de l’Ecole des Annales, en réaction à leur omniprésence dans l’historiographie positiviste, on doit noter que le genre de la biographie historique revient en force depuis quelques décennies, que cela soit écrit par des membres de la communauté scientifique (Constantin par Vincent Puech ou le Sophocle de Jacques Jouanna) ou des non historiens (comme, par exemple, Francois Bayrou à propos d’Henri IV ou Jack Lang au sujet de Laurent le Magnifique). De même à la télévision avec des émissions telles que Secrets d’histoire ou L’ombre d’un doute. Dans ces deux dernières, la première de manière un peu plus nuancée que la seconde, le souffle épique est désormais couplé à une recherche de divertissement, à grands renforts de sexe, complots, trahisons, argent et autres luxures.

(suite…)