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Ienaga Saburô, Le développement d’une logique de négation dans l’histoire de la pensée japonaise

le-developpement-d-une-logique-de-negation-dans-l-histoire-de-la-pensee-japonaise-saburo-ienaga-9782913122239Ne connaissant pas l’auteur à priori, le choix de la lecture de ce livre est né de de la prise de connaissance de la quatrième de couverture. Celle-ci a le défaut de présenter l’auteur, comme combattant contre la censure de la vérité historique dans les manuels scolaires japonais, mais pas réellement le contenu de l’ouvrage, si ce n’est pour en dire que c’est – selon les aveux même de l’auteur – « devenu le prototype de la méthodologie que j’ai adoptée dans l’étude de l’histoire ». Par conséquent, nous pouvions nous attendre à une prose concernant ce que l’on appelle aujourd’hui les « usages publics de l’histoire ». Toutefois, le fait que la version originale du livre ait été publiée en 1940 venait contredire cette idée, mais je me suis rendu compte de ce détail après emprunt à la médiathèque. Néanmoins, cette légère erreur ne nous laisse pas en bouche le goût amer de la « tromperie » puisque cela nous a permis d’avoir une heureuse surprise à la lecture.

Avant de rentrer dans le vif sujet, attardons nous quelque peu sur l’organisation même de l’ouvrage. Comme l’explique Ienaga Saburô dans la préface, Le développement d’une logique de négation dans l’histoire de la pensée japonaise est la reprise, reformulée et corrigée, de trois articles paru en 1938 dans différentes revues scientifiques japonaises. Malgré cette naissance éclatée, il faut reconnaître que l’ensemble n’est pas un strict amoncellement d’articles épars sans cohérence, mais un récit qui, comme peut le laisser présager le titre, se suit selon un ordre chronologique, depuis la plus haute Antiquité jusqu’environ le premier quart du XXème siècle. Toutefois, on regrettera le fait que les différents chapitres ne reçoivent pas de titres particuliers, si ce n’est leur numéro. Enfin, il nous faut faire une mention toute particulière des très nombreuses notes de bas de page présentes dans l’ouvrage. Ces dernières sont parfois longues, mais elles ont le mérite d’apporter des éléments de compréhension supplémentaires, notamment les dates des personnages ou des oeuvres cités ainsi qu’une courte description. N’ayant pas connaissance de l’état de l’édition originelle, nous ne saurions dire s’il s’agit de rajouts des traducteurs, Hiroshi Matsuzaki et Bruno Smolarz, mais c’est en tout cas salutaire pour le profane que je suis.

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Ienaga Saburô et l’indépendance de l’historien

Ienaga Saburô (1913-2002)

Ienaga Saburô (1913-2002)

Ces dernières semaines, les déclarations du maire d’Osaka sur les femmes de réconfort durant le second conflit mondial a démontré, s’il était nécessaire, que le Pays du Soleil Levant a toujours un problème avec le fait de regarder son histoire en face et de reconnaître les crimes du passé. Ce malaise s’est exprimé, et s’exprime encore à ma connaissance, par une relative censure, omission ou minimisation de certains faits, notamment les femmes de réconfort et le massacre de Nankin en 1937, au sein des manuels scolaires d’histoire au Japon. Toutefois, s’il y a eu évolution dans ces manuels c’est dû en partie à un homme, Ienaga Saburô (1913-2002). C’est à lui que je voudrais rendre hommage aujourd’hui. Voici ce qu’en dise (p. XIII) les traducteurs de son essai Le développement d’une logique de négation dans l’histoire de la pensée japonaise :

Imprégné d’une sainte terreur de la censure, Ienaga Saburô a pensé qu’il convenait de ne pas laisser se détériorer les libertés publiques. Cette conviction l’amena, en 1965, à remettre en cause le système d’agrément préalable des livres scolaires. Les procès qu’il a intenté à l’Etat ont largement contribué à réveiller l’intérêt de la nation : Qu’est-ce que la liberté civile ? Comment peut-on transmettre la vérité historique aux enfants ? En suscitant cette controverse, l’une des plus importants depuis la fin de la dernière guerre mondiale, Ienaga a voulu démontrer que le droit à l’éducation, et à une éducation libérée de toute censure, est l’un des droits fondamentaux de l’humanité ; il a aussi encouragé les Japonais à prendre conscience du fait qu’il est nécessaire, dans une démocratie digne de ce nom, de pouvoir bénéficier de la liberté d’expression. Esprit indépendant, il a, tout au long de ces années, décliné l’offre d’aide des partis de gauche, pour que l’on ne le soupçonne pas de mener un combat partisan.

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