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Petites réflexions épistémologiques et sur les échelles spatiales

Louis Charles Desnos "Mappe-Monde ou Carte générale de la Terre divisée en deux hémisphères" (1766)

Louis Charles Desnos « Mappe-Monde ou Carte générale de la Terre divisée en deux hémisphères » (1766)

Le site internet Laviedesidées.fr est bien connu pour proposer depuis de nombreuses années, que ce soit en français ou en anglais, des articles critiques ou des comptes-rendus de livres dans la plupart des champs des sciences humaines et sociales. Par ailleurs, depuis le début de l’année 2013, le site s’est associé aux Presses Universitaires de France pour éditer une série de livres thématiques, compilation imprimée d’articles autour d’un sujet précis et parus originellement sur le site. Je suis récemment tombé sur un des ouvrages de cette série, Pour une histoire-monde, sous la direction de Patrick Boucheron et Nicolas Delalande. La lecture en a été passionnante. Cela m’a même fait changer d’opinion sur cet objet historiographique qu’est l’histoire globale. De fait, il y a quelques temps, j’avais eu un avis assez tranché sur l’intérêt de l’histoire globale. « Tout ça, pour ça », en somme.

La lecture de ce livre a été à ce point stimulante que je voudrais proposer deux remarques complémentaires à l’ouvrage, une sur un point précis d’un des articles et l’autre sur l’histoire globale en général.

Comparer des régions et des pays

L’article en question qui amène mon premier commentaire est la recension par Eric Monnet de l’ouvrage de Kenneth Pomeranz La Force de l’Empire. Révolution industrielle et écologie, ou pourquoi l’Angleterre a fait mieux que la Chine. Celle-ci est d’abord parue sur Laviedesidées.fr en janvier 2010, sous le titre « Le charbon et l’Empire ». Lors de sa parution papier, il a reçu un nouveau titre : « L’Angleterre, la Chine et la révolution industrielle ». De fait, l’idée force du travail de Kenneth Pomeranz est de comparer les niveaux de développement de deux territoires donnés, l’Angleterre et la vallée du delta du Yangzi, au début des années 1750. On peut être surpris par le choix comparatif opéré par l’auteur. En effet, Pomeranz tend à mettre en équivalence deux objets qui, s’ils peuvent avoir des points de ressemblance dans le fond, n’opèrent pas sur la même échelle géographique, l’un étant un pays tout entier, l’autre seulement une région.

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Une leçon pour Jean-Claude Peyrolle

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Exécutions à Verdun durant les mutineries

Dans de nombreux vite dit passés j’ai cherché à mettre en avant des articles, qu’ils proviennent de la presse ou de blogs, que je trouve intéressants. Toutefois, cette fois-ci le ton va se faire un peu moins cordiale. En effet, je voudrais mettre en avant un article écrit de la main de Jean-Claude Peyrolle et paru sur le site du Huffington Post. Titrée « Fusillée pour l’exemple ? », l’auteur s’interroge sur le récent limogeage de l’ex-ministre de l’écologie, Delphine Batho. Jusque là aucun problème me direz-vous. C’est vrai. Toutefois, c’est la façon de le faire qui est relativement gênante puisqu’il pense pouvoir tirer argument d’un exemple tiré de la Première Guerre mondiale, les caporaux de Souain, pour donner du poids à son propos. De même il réitère l’expérience avec cette fois-ci une confrontation entre le Zollverein, système d’union économique mis en place par les Etats qui allaient devenir l’Allemagne en 1871, et l’espace Schengen qui régit actuellement l’Union Européenne.

Nous ne nous lancerons pas dans une critique complète de ces deux points puisque chacun pourra comprendre aisément que les arguments n’ont aucuns liens entre eux. Toutefois, cela peut permettre de mettre en lumière un fait intéressant. En effet, pourquoi Jean-Claude Peyrolle prend la peine d’appeler l’Histoire à la rescousse de son argumentaire ? La seule explication qui me paraît viable est que la pseudo profondeur historique que ces comparaisons induisent permet de donner force à son propos. C’est comme si le prestige du passé faisait en sorte que ses dires deviennent légitimes ou tout du moins intelligents. Pour comprendre le pourquoi d’un tel phénomène il faut se replonger dans un peu d’historiographie. Pour cela, je ne résiste pas à reproduire un petit passage clair et limpide d’Antoine Prost dans son ouvrage Douze leçons sur l’histoire (p. 14-15). A l’entame d’un paragraphe intitulé « L’histoire en France : une position privilégiée », l’auteur affirme :

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