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Chthonic et l’histoire. Une vision plus fine que prévue

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Freddy Lim, fondateur de Chthonic, brandissant un drapeau tibétain lors d’un concert lors d’un festival. Date et lieu inconnus.

Après un premier article qui leur était consacré il y a de cela plusieurs mois, je reprends la plume pour reparler du groupe de métal taïwanais Chthonic et de leur vison de l’histoire. Si dans un premier temps je m’étais montré sceptique et suspicieux, argumentant autour de l’idée des engagements politiques et citoyens du chanteur Freddy Lim pour poser la question du but de certaines paroles, je dois avouer que mon point de vue a un peu changé, au moins pour une partie des chansons.

Cette légère modification de mon point de vue fait suite à la découverte de nouveaux documents, notamment des vidéos. Bibliographiquement, je suis toujours à la recherche d’une histoire générale de l’île de Formose et de ses habitants en langue française, mais jusqu’à présent mes recherches n’ont pas réellement abouties. Suite à un tweet au site Taiwan Info (émanation directe du Ministère des Affaires étrangères de la République de Chine), celui-ci m’a renvoyé directement vers plusieurs titres. Si je prends ce complément d’informations avec joie, il n’en demeure pas moins que je n’ai pas eu la possibilité de me pencher sur le fond de ces ouvrages donc je ne saurais dire leur qualité ou leur médiocrité.

Par ailleurs, il est possible de glaner des éléments au sein du sixième tome de la Cambridge History of Japan ou dans la Cambridge History of China pour la période précédant la colonisation japonaise, mais cela ne nous renseigne pas réellement sur les cultes et les légendes des populations de l’île, ce qui semble être un référentiel important dans les paroles de Chthonic. Je dois donc, encore, me contenter de suppositions et d’hypothèses sans réels appuis historiographiques pour guider mon chemin.

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L’histoire à l’appui de revendications géopolitiques : le cas des îles Senkaku

Senkaku

Des nationalistes japonais sur l’ilot Uotsuri, part des îles Senkaku, le 19 août 2012

Devant l’empire de la nécessité et de fortes pressions états-uniennes, durant la seconde moitié du XIXème siècle, le Japon s’est peu à peu « ouvert » sur le reste du monde, tant asiatique qu’occidental, après deux siècles de « renfermement » quasi complet, seul le port de Dejima étant un mince lien avec les influences extérieures. Cette volonté d’expansion a pour but de résister à la pression européenne, très présente à l’époque par la colonisation progressive de l’Indochine par la France ainsi que les coups de boutoir portés à la souveraineté territoriale chinoise à travers la première et deuxième guerre de l’opium. Cela a conduit l’empire des descendants de Jinmu à rechercher des extensions territoriales, notamment au détriment de la dynastie mandchoue des Qing. Cela a conduit à la première guerre sino-japonaise entre 1894 et 1895. Un récit japonais en est disponible ici à travers l’ouvrage d’époque de Jukichi Inouye, A Concise history of the war between Japan and China. Le conflit se solde par une victoire japonaise et le traité de Shimonoseki. Ce dernier prévoit, au titre des concessions territoriales, que le Japon est désormais propriétaire de la presqu’île de Liaodong ainsi et surtout de Taïwan et les îles attenantes, dont les Pescadores et les Senkaku. Depuis 1971 trois entités étatiques se disputent le contrôle des quelques îlots en question : l’Etat japonais, la République Populaire de Chine sur le continent et la République de Chine basée à Taïwan.

Ce rappel historique a pour but de fixer le cadre chronologique et géopolitique du propos qui va suivre. Celui-ci se veut une étude de certaines justifications historiques alléguées par certains Japonais pour affirmer leur droit et leur légitimité sur les îles Senkaku. Si l’argumentaire japonais est ici ciblé, cela ne veut pas dire que les justifications chinoises et taïwanaises ne sont pas également de nature historiques. Néanmoins, elles ont déjà été décortiquées dans un article de Thierry Mormanne pour la revue Ebisu en 1996.

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La colonisation japonaise de la Corée : un passé qui ne passe pas

comfortwomenSi en 1994 Eric Conan et Henry Rousso écrivaient que, pour la France, Vichy est un « passé qui ne passe pas » (présentation ici), ce qui a contribué à rendre la mémoire du régime pétainiste un peu moins brûlante qu’elle ne fut, je suis tenté de croire qu’un tel travail « d’introspection nationale » n’a pas encore été effectué par les Japonais, tout du moins à l’échelle du grand public. De fait, les médias français se font parfois le relais de mots ou actions controversées effectuées par des officiels nippons concernant des faits historiques datant de l’époque du deuxième conflit mondial. Récemment, on se souviendra des propos du maire d’Osaka sur le caractère « nécessaire » des « femmes de réconfort » ainsi que les régulières visites officielles au sanctuaire shinto de Yasukuni, la dernière s’étant déroulée le 20 octobre dernier. Par ailleurs, à en croire le récit de cette journaliste française expatriée au Japon, Alissa Descotes-Toyosaki, le phénomène est loin de s’atténuer ces dernières années, le Parti Libéral Démocrate (droite), actuellement au pouvoir, tendant à déposer un voile opaque sur cette période. L’équivalent japonais du discours de Jacques Chirac le 16 juillet 1995 n’a pas (pour l’instant ?) été prononcé.

Toutefois, il ne s’agit pas uniquement d’un syndrome touchant la classe politique, mais aussi l’ensemble de la société. Au premier rang on trouve le sanctuaire Yasukuni. Selon l’historien Yoshiaki Yoshimi, cité par Alissa Descotes-Toyosaki, le lieu :

présente la thèse officielle d’un Japon non-agresseur qui a au contraire libéré les pays est asiatiques du joug occidental’. L’exemple le plus remarquable de ce déni de l’Histoire est l’absence de tout document sur les atrocités commises par l’armée impériale, dont le massacre de Nankin présenté comme un « Incident ».

Néanmoins, ce déni peut se manifester à travers des avatars assez surprenants. C’est le cas des vidéos dont je voudrais parler. Elles sont le fait d’une youtubeuse japonaise, randomyoko2. Celle-ci a récemment mis en ligne deux vidéos aux titres évocateurs, Annexation Song et Comfort Women Song. Les voici :

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