l'histoire est un combat

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Les soldats des guerres de décolonisation, des héros ?

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Bannière d’accueil de Theatrum Belli

Les sites traitant d’histoire militaire sont nombreux sur le net. Certains très bons, d’autres moins. Le point commun qui relie à peu près toutes ces publications virtuelles est une fascination sans bornes pour la chose armée. Les soldats seraient, quelque soit le combat en question, des hommes valeureux à qui le grand public ne pourrait que, dans bien des cas, tresser des couronnes de louanges. Toutefois, comme l’a rappelé ce contributeur du Plus du Nouvel Observateur par rapport à l’esthétisation de la mort concentrationnaire nazie, traiter un sujet avec une vague de sentimentalisme ou de lamento dans la voix peut effacer tout le contexte pour ne retenir que l’émotion chez la personne qui recevra la production, écrite ou visuelle, en question. Un tel procédé peut poser des questions.

Pour illustrer cette idée, je voudrais prendre un exemple très récent trouvé sur le net au cours d’une pérégrination. Il s’agit d’un article récent du site Theatrum Belli titré « Hommage aux combattants d’Indochine (11 mai 2014) ». Celui-ci est une invitation de la part d’un « Collectif pour le souvenir des héros d’Indochine » à un événement de commémoration consistant en un « Hommage aux combattants d’Indochine ». Outre cela, les spectateurs de cet événement ne seront pas appelés à exercer un regard critique puisqu’il sera question de faire « Gloire aux héros d’Indochine ! ». De plus, la présence de nombreux militaires comme intervenants ainsi que le parrainage de Jean Luciani, ancien combattant d’Indochine et ex-prisonnier du Vietminh, n’encourage pas, malheureusement, à une vision critique des événements militaires indochinois.

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Le « fascisme rouge » et autres inepties historiques de l’extrême-droite

Affiche de 1919 du Groupement économique de Sceaux et Saint-Denis

Affiche de 1919 du Groupement économique de Sceaux et Saint-Denis

En lisant ce titre, certains lecteurs critiques pourraient être tentés de penser « Arf encore un article de « FN/extrême-droite bashing » par un gauchiasse ou une socialope » (insultes que l’on retrouve souvent dans la « fachosphère » pour parler des citoyens considérés comme « de gauche »). J’aimerais être égalitaire et consacrer autant de lignes de critique contre l’extrême-gauche que ce que j’ai fait/je fais/je vais faire contre l’extrême-droite, mais il demeure qu’actuellement nous sommes face, je crois, à une relative « offensive » de ce courant de pensée vis-à-vis de l’histoire et ce de manière beaucoup plus globale et massive. Si la plupart du temps, les argumentaires extrême-droitiers prennent argument de personnages ou de faits historiques pour défendre le bien-fondé de leur pensée. Celle-ci s’inscrirait, selon eux, dans un certain « bon sens des anciens ». Néanmoins, il arrive parfois que la prose à dominante historique ait pour but de jeter l’opprobre sur « l’ennemi », depuis la « bien-pensance boboïsante » jusqu’à la nébuleuse « de gauche ».

C’est à cette seconde catégorie de discours que je voudrais m’intéresser aujourd’hui. De fait, la qualité d’argumentation est, comme nous le verrons, plutôt proche du néant absolu. Je devrais même plutôt parler de « troll » ou de « taunt » – comme on dit sur les Internets – que de pensée réellement construite et réfléchie. Les amalgames y sont nombreux. Il n’en demeure pas moins qu’un historien se doit, je crois, de « monter au front » (sans mauvais jeu de mots) pour mettre en lumière les faiblesses intellectuelles de la pensée frontiste et extrême-droitière à travers l’exemple de ses récupérations historiques. Les trois exemples traités dans ce billet ; le fantasmatique « fascisme rouge », le caractère « socialiste », donc « de gauche », du régime nazi ainsi que le chiffrage des morts « du communisme » ; s’adossent à la même dialectique : amalgamer différentes thématiques réelles (avec si possible la création d’un « slogan-qui-fait-peur ») et démontrer, in fine que « la gauche » – concept, je le rappelle, aux contours flous mais très englobants pour ces personnes – est bien plus « nocive » pour l’humanité que l’extrême-droite. Le tout dans un mouvement de renversement de table à grand renfort de dénonciation d’une hypothétique « omerta culturelle » imposée par « la gauche ».

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La perfection à un détail près…

salvador-dali-famous-quote-perfection-art-creativity1Je prends la plume pour la deuxième fois sur ce nouveau blog pour parler d’un article qui aurait pu, de mon point de vue, être parfait si une phrase qui est pour moi malheureuse ne s’était pas glissé dans le corps du texte. Le texte en question est l’oeuvre de Charles Heimberg, professeur en sciences de l’éducation et à l’Institut universitaire de Formation des enseignants à Genève, et est paru sur le site internet du journal Mediapart. L’article en question s’intitule « Brouillage mémoriel sur la Haute-Savoie » et est paru récemment (aujourd’hui !), le 22 janvier 2014.

Un article parfait dans le sens du style de l’auteur, de l’exposé clair et précis des faits ainsi que le démontage systématique du relativisme historique fallacieux de l’ouvrage de Claude Barbier, Crimes de guerre à Habère-Lullin. En effet, cette tentative relativiste est absolument idiote (il n’y a pas vraiment d’autre mot pour le dire…) puisqu’elle tend à mettre en équivalence les crimes perpétrés par les nazis et les collaborateurs et les exactions commises par les résistants. C’est encore plus étrange lorsque l’on sait que l’auteur, par ailleurs docteur en histoire, est, selon Charles Heimberg – d’après cet échange de tweets – , version confirmable par différentes sources [1, 2, 3], politiquement une personne que l’on pourrait qualifier « de gauche » du fait de son appartenance au parti Europe Ecologie – Les Verts, ce mouvement étant membre de la majorité présidentielle en janvier 2014. En effet, ce relativisme est habituellement le fait de personnes que l’on peut qualifier d’extrême-droite. Ce possible fait, qui doit être confirmé par une lecture du livre de Claude Barbier, ne lasse pas de me fasciner.

Toutefois, ces spéculations ne sont pas le but principal de mon article. De fait, le seul écueil que je trouve à la prose de Charles Heimberg est ce petit paragraphe (le surlignage en gras est de mon fait) :

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