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Retour sur la notion de génocide. Nouveaux éléments de réflexion et nouvelle manipulation (?)

Affiche de "Tamils against genocide", groupe luttant pour la reconnaissance du génocide des Tamouls par l'armée sri lankaise

Affiche de « Tamils against genocide », groupe luttant pour la reconnaissance du génocide des Tamouls par l’armée sri lankaise

Il y a de cela plusieurs mois je m’étais interrogé sur la validité et la pertinence de la catégorie de génocide pour des périodes qui ne connaissaient pas ce concept, ainsi que le problème de sa définition, qui ramène inévitablement à la Shoah et à la Deuxième Guerre mondiale. Je suis amené aujourd’hui à en reparler à travers la découverte de nouveaux documents qui peuvent aider à la réflexion autour du phénomène et des précédents actuels, que l’on appelle cela « proto-génocide » ou « massacre à tendance génocidaire » comme je l’ai proposé précédemment. De même, je voudrais attirer l’attention sur l’usage possiblement polémique du concept. Si cela n’est pas nouveau, qu’on se souvienne, par exemple, du développement de la théorie du génocide vendéen seulement quelques années avant le bicentenaire de la Révolution française en 1989, l’histoire asiatique contemporaine va nous fournir un nouvel avatar.

Tout d’abord il y a cet interview relativement « ancienne », toutes proportions gardées puisqu’il s’agit de mars 2009… , du psychiatre et anthropologue Richard Rechtman sur le site proceskhmersrouges.net. Le titre en est extrêmement évocateur puisqu’il s’intitule « L’intention génocidaire n’est pas écrite, elle est dans les actes ». De fait, le chercheur, ancien membre du Centre de recherche Psychotropes, Santé mentale, Société et travaillant désormais au sein de l’Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux (EHESS), explique, à travers le cas cambodgien, qu’une intention génocidaire n’a pas nécessairement besoin d’être écrite pour être réelle. Elle peut se déduire à travers les actes des protagonistes. Une telle idée pourrait remettre en cause ce que j’expliquais sur la répression sanglante de la révolte des Hereros en 1904-1905 par le lieutenant Von Trotha dans le Sud-Ouest Africain Allemand. Je n’y trouve aucun problème puisque je considère que je ne détiens pas la vérité universelle, et de loin ! Pour avancer dans ce thème de recherche il serait nécessaire de disposer de témoignages de soldats ayant réprimé, d’Hereros survivants ou d’un quelconque observateur extérieur et d’en faire la critique. A ma connaissance cela n’existe pas pour l’instant*.

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Un génocide des Hereros en 1904-1905 ?

herero genocideDans notre dernier article j’aannonçais qu’une certaine révision de la qualification génocidaire de la répression de la police allemande contre le soulèvement des Hereros, pourrait être nécessaire. Tout d’abord cette thématique de la répression des Hereros comme phénomène génocidaire semble aujourd’hui historiographiquement admis. Je ne citerais pour preuves que deux exemples récents, les pages 198 à 201 de Les sociétés coloniales à l’âge des empires (1850-1960) dirigé par Isabelle Surun et l’ouvrage de Jérémy Sarkin-Hughes Germany’s genocide of the Herero. Kaiser Wilhelm II, his general, his settlers, his soldiersCette idée semble remonter au rapport Whitaker pour l’ONU de 1985, même si celui-ci n’a pas été voté et que la définition de génocide demeure celle de 1948. Politiquement, depuis 2004 l’Allemagne reconnaît sa responsabilité dans le génocide des Hereros.

Dès lors que l’on commence à s’intéresser à ces événements et à sa qualification génocidaire, on se retrouve face à une citation du commandant allemand de l’époque, Lothar Von Trotha. L’interrogation du contenu de ce document va être ma principale tâche dans le présent article. De fait, dans un ordre daté du 2 octobre 1904 l’officier affirme ceci :

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Du génocide

genocideDans l’inconscient collectif occidental contemporain, la notion de génocide est une question très présente. Celle-ci est par essence même liée aux exactions nazies, notamment le génocide des populations juives. A partir de cela, et probablement avec la bénédiction du caractère imprescriptible du génocide, certains auteurs, historiens ou non, ont cherché à trouver dans le passé des exemples de politiques à tendance génocidaires. Les exemples les plus connus sont les théories autour du « génocide vendéen » par les armées de la Révolution, théorie défendue par Reynald Sécher depuis les années 1980, des exactions du général Von Trotha suite à la révolte des Hereros et des Nama dans le Sud-Ouest africain allemand en 1904-1905 (je reviendrais sur sa qualification génocidaire dans un prochain article) ou les massacres de l’armée américaine, commandée par le général Smith, lors de leur conquête des Philippines entre 1898 et 1902.

Toutefois, ce n’est pas pour parler de ces cas que je prends le clavier aujourd’hui, même si une certaine révision du cas herero me semble intéressante. De fait, mon attention est attirée aujourd’hui par un article paru sur le portail d’informations créé par Robert Ménard, Boulevard Voltaire. Ce texte se nomme « Les génocides qu’on dénonce et les autres… » et est signé Franck Talleu, « Père de famille en colère » et surtout Directeur de l’Enseignement Catholique de Soissons, Laon et Saint-Quentin. Outre la stupide et inutile volonté manifeste de créer une « polémique » en assimilant les communistes soviétiques des années 1930 aux communistes français et au Parti de Gauche actuels et un tacle tout aussi inutile sur le fait que le gouvernement n’ait pas fait « devoir de mémoire », l’auteur attire l’attention sur le fait que l’Holodomor, les réquisitions de grains et nourriture organisées en Ukraine par le pouvoir stalinien au cours de l’hiver 1932-1933, devrait être qualifié de génocide. Cette revendication est clairement affirmée, par exemple, par l’Encyclopedia Britannica, Valentyna Boryssenko ou encore par Roman Serbyn.

Le débat a, comme il était prévisible, récemment rebondit politiquement sur fond de lutte entre le parti pro-européen de l’ancien président Victor Ioutchenko et la formation politique de l’actuel président pro-russe, Victor Ianoukovitch. Dans le même temps, l’Union Européenne éditait une résolution sur « la commémoration de l’Holodomor, la famine artificiellement provoquée en Ukraine (1932-1933) », où l’institution s’appuie sur la définition de l’ONU tout en ne qualifiant pas l’Holodomor de génocide.

Avant de s’intéresser aux détails de l’affaire rappelons les différentes définitions, de Raphaël Lemkin et du Haut Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU, du terme de génocide. Selon Lemkin, dans son livre Axis Rule in Occupied Europe paru en 1944, le génocide est :

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