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#UnBonLivred’HistoirePourFinkie ? Ecouter Alain Finkielkraut à travers le prisme des « historiens de garde »

Alain Finkielkraut

Alain Finkielkraut

Nous devons avouer que nous n’avons pas une connaissance livresque du travail d’Alain Finkielkraut. C’est sûrement dommage. Surtout que nous avons eu de bons échos de ses premières oeuvres de jeunesse, notamment ses collaborations avec Pascal Brückner. Pour l’instant, notre entendement des écrits et de la pensée « finkielkrautienne » se limite à ses interventions télévisées ou radiophoniques, ses interviews dans la presse écrite ainsi que les opinions de journalistes ou blogueurs (ici et ) à son sujet.

En ce sens les réseaux sociaux, essentiellement Facebook et Twitter, ont cela de merveilleux qu’ils nous tiennent au courant des dernières actualités historiques. Nous ne pourrons donc jamais assez remercier tout ces contributeurs – volontaires et surtout involontaires – à l’avancée de nos connaissances sur certains sujets. Ils sont les pourvoyeurs quotidiens de savoirs ou d’opinions qui nous étaient jusque-là inconnus. Cela a été notamment le cas avec des éléments du débat houleux et passionné suite à la sortie du dernier livre d’Alain Finkielkraut, L’identité malheureuse. De même avec l’opération « Une BD pour Finkie » (#UneBDpourFinkie sur Twitter), le titre de ce billet étant d’ailleurs une forme de clin d’œil à cette opération.

Malgré toutes les informations glanées ça et là ainsi que nos réflexions personnelles, ce n’est assurément pas assez pour juger l’ensemble de la prose du philosophe – ce qui ne sera pas, de toute façon, notre ambition dans les lignes qui vont suivre – , mais il nous semble que ce sont des éléments relativement suffisants pour aborder ses dernières productions. En ce sens, il sera nécessaire d’analyser une de ces dernières réflexions historiques à travers le prisme de L’identité malheureuse et de son rapprochement, plus ou moins conscient, avec une certaine pensée réactionnaire. On pensera, par exemple, à l’amitié personnelle, mais aussi et surtout intellectuelle entre Alain Finkielkraut et Renaud Camus, comme le fait remarquer Jean Birnbaum.

De fait, au cours d’une de ces interventions radiophoniques, le 26 avril 2014, l’animateur de Répliques sur France Culture s’interroge sur un sujet bien particulier : « L’histoire de France a-t-elle encore un sens ? ». Ce n’était pas, bien entendu, un monologue, mais un débat contradictoire avec, cette fois-ci, Patrick Boucheron, professeur d’histoire médiévale à Paris 1, et Pierre Nora, historien, directeur de l’œuvre collective Les lieux de mémoire en 1984 et, plus anciennement, directeur de la revue scientifique Le Débat depuis 1980.

Du « sens de l’histoire », approche théorique

Avant même de commencer l’écoute de l’émission et des différentes interventions, une question, bien plus large que le strict cas français, émerge : qu’entend Alain Finkielkraut par « sens de l’histoire » ? Nous regrettons que Pierre Nora et Patrick Boucheron n’aient pas réellement remis en question l’expression de « sens de l’histoire ». La question de l’éventualité d’un possible « sens de l’histoire » est un thème épistémologique important et sérieux. Il mérite qu’on s’y attarde, même pour le nier. Pour la présentation des différentes théories en présence, je renvoie à cet article de la revue Sciences Humaines dans son numéro de juin 2011. (suite…)

Marine Le Pen et l’Histoire de France

Affiche du Front National pour les élections régionales de 2010

Affiche du Front National pour les élections régionales de 2010

Dans mon « Vite dit » d’aujourd’hui je relaie un texte paru sur le site Aggiornamento histoire-géo et signé des mains de Laurence de Cock et Véronique Servat. Celui-ci est, avec raison, extrêmement critique vis-à-vis de la vision de la présidente du Front National concernant l’enseignement de l’Histoire que ce soit dans le primaire ou dans le secondaire. Celle-ci a été dévoilée lors du déplacement de Marine Le Pen à Rocamadour dans le Lot le 26 février dernier. Néanmoins, une enquête un peu plus fine autour des paroles prononcées par l’élue frontiste lors de la conférence aurait pu permettre aux auteures de mettre en avant d’autres éléments à charge. Avant de révéler ceux-ci, je reproduis tout d’abord le texte d’Aggiornamento :

Peu de disciplines enseignées suscitent autant l’intérêt des politiques que l’histoire. Rien d’étonnant donc à ce que, Le 26 février dernier, Marine Le Pen s’exprime à son tour sur le sujet. A l’école primaire, L’histoire, apprend-on, devrait abandonner l’enseignement de la seconde guerre mondiale « trop complexe » et celui des aspects « trop négatifs » de la colonisation. Il faut “rééquilibrer” l’apprentissage de l’histoire de France selon Marine Le Pen. Les enfants pourraient donc se contenter de l’« histoire de France, la plus positive, la plus valorisante, pour que chaque Français conscient du passé en soit également fier, et pour que chaque citoyen français en soit un ambassadeur”.

Que Marine Le pen se rassure, les programmes Darcos depuis 2008, écrits dans une complète opacité, en reviennent déjà à ce modèle passéiste. Reposant à la fois sur la mémorisation de grandes dates-repères et de figures héroïques, les élèves de l’école primaire subissent une vision de l’histoire nostalgique, totalement éloignée des renouvellements historiographiques récents. Ces programmes, dénoncés par tous, n’ont comme seul mérite de n’avoir pas osé renoncer à l’enseignement des questions dites « sensibles », aux enjeux sociétaux importants, comme la destruction des Juifs d’Europe ou encore l’enseignement du fait colonial, de l’esclavage et des traites ; des thématiques, il est vrai, obligeant les élèves à aborder quelques facettes sombres du passé français et interrogeant d’autres héritages qu’une grandeur nationale fantasmée.

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Brevet d’histoire-géographie/ECJS 2012 : fils spirituel de Guy Môquet ?

Nicolas Sarkozy à la base française de Tora Bora, le 12 juillet 2011.

Nicolas Sarkozy à la base française de Tora Bora, le 12 juillet 2011.

Je voulais parler de ce sujet depuis que j’en ai pris connaissance, au début du mois de juillet, mais les soubresauts de la querelle deutschienne m’ont forcé à repousser l’écriture de cet article. Mon intérêt cette année pour le brevet des collèges, le mien remontant à très longtemps maintenant, est venu suite à la lecture du témoignage et du point de vue de Véronique Servat, professeure d’histoire-géographie au collège Paul Eluard de Montreuil. Celui-ci est paru sur le site Le plus du Nouvel Observateur en date du 30 juin dernier. L’enseignante explique, de manière claire et sobre, ce qui la choque : les sujets des épreuves d’histoire-géographie et d’ECJS. Il s’entend que nous discutons des sujets des épreuves de la série générale, ceux qui ont été distribués au plus grand nombre d’élèves. A noter que les arguments utilisés sont de deux ordres : pédagogiques et plus politiques. Le titre s’explique par le fait qu’à mon sens on peut retrouver la même logique entre la lecture de la lettre de Guy Môquet voulue par Nicolas Sarkozy et le brevet des collèges de cette année

Pour rester, dans un premier temps, sur les arguments strictement pédagogiques, il nous faut nous pencher sur l’épreuve d’histoire. Celle-ci est disponible en ligne sur le site du Web pédagogique. Elle se compose de trois documents, trois questions (sur 3, 2 et 3 points) et d’un paragraphe argumenté d’une vingtaine de lignes (10 points). Le premier document est un texte d’une petite dizaine de lignes, une lettre d’un poilu à sa mère tiré de l’ouvrage de Jean-Pierre Guéno et Yves Laplume, Paroles de poilus : lettres et carnets du front, 1914-1918L’auteur de la lettre, Gaston Biron, décrit les conditions de vie difficiles et précaires dans les tranchées en septembre 1916. Les deux derniers documents mettent en lumière, grâce à des illustrations, la condition des femmes dans une usine de fabrication d’armement ainsi que les besoins financiers de l’Etat français par le biais d’une affiche appelant les Français à souscrire au « 3ème emprunt de la défense nationale ». La première image nous montre six femmes de front au premier plan et plusieurs autres à l’arrière plan, toutes étant entourées par de nombreux obus. Leurs expressions faciales sont graves, mais on peut sentir une certaine fierté du travail accompli grâce à des rictus sur le visage de certaines des femmes du premier plan, les visages de celles de l’arrière plan étant trop petits pour pouvoir deviner la nature de leurs émotions avec un certain degré de certitude.

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