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Revenir brièvement sur le cas Bernard Lugan

L'homme qui défend ardemment les

L’homme qui défend ardemment les « libertés universitaires » et se dit « censuré » par l’Elysée, a quand même pu être invité à la télévision. Ici Itélé le 11 juin 2010, sur le plateau de « Ménard sans interdit ».

Après deux articles assez longs, dont un publié simultanément sur le site du CVUH, nous ne pensions pas avoir à reparler de l’historien africaniste Bernard Lugan. Nous avions d’ailleurs abandonné la consultation de veille sur son blog, autant parce que ses publications récentes traitaient le plus souvent de la vie interne de son blog et sa revue ou des prises de position sur la situation politique actuelle des différents pays africains, que parce que nous pensions qu’il avait enfin décidé de ne plus usurper la qualité d’historien [1].

Mais un vieux tigre (du Bengale, évidemment) ne saurait rester tapis dans les fourrées trop longtemps. En effet, nous apprenons, à travers le blog de Jean-Dominique Merchet sur le site du journal L’Opinion, que Bernard Lugan a été suspendu de ses fonctions de professeur à l’école militaire de St-Cyr Coëtquidan.

Ceux qui seraient tentés de voir dans cette décision, une manipulation ou un avatar de représailles politiques de la part d’un « pouvoir aux abois » [2], se fourvoieraient assez largement. En effet, la proximité de Bernard Lugan avec les milieux d’extrême-droite est un fait de notoriété publique. De même, nous ne saurions trop rappeler que l’historien a été épinglé au cours de la commission d’enquête sur « le racisme et le négationnisme à l’université Jean Moulin Lyon III », dite « commission Rousso »[3], du nom de l’historien spécialiste de Vichy Henry Rousso.

Or, les rapporteurs expliquent [4] que : (suite…)

Le vocabulaire historique : une « police de la pensée » ?

Independent thought alarm

Certains esprits taquins pourraient considérer qu’Olivier Pétré-Grenouilleau a été victime, en quelque sorte, de cette fameuse alarme…

C’est par ce titre un peu provocant que s’ouvre le nouvel article de notre blog – déjà le 138ème ! – et comme toute provocation, elle doit se justifier pour avoir un tant soit peu de sens. De fait, dans les lignes qui vont suivre nous n’allons pas nous convertir – même de façon momentanée – aux différentes « théories » affirmant, avec plus ou moins de véhémence et moins ou moins d’intelligence, que de nombreuses sections de la pensée humaine, notamment la politique et les sciences humaines, seraient atteintes d’un syndrome, celui de la « bien-pensance ». Selon les promoteurs de ces discours, la pensée scientifique serait encadrée, et donc contrainte, par différents dogmes (« droits-de-l’hommistes » ou « anti-racistes »), totalement hors du « réel », qu’ils ne faudrait surtout pas renier, sous peine d’être accusé de différents maux.

De fait, nous voudrions interroger – trop brièvement nous le concédons et même peut-être maladroitement – la notion de vocabulaire en histoire et nous intéresser à l’acuité de certains termes utilisés, ainsi que de leurs charges intellectuelles. L’idée de ce billet nous est venu suite à la confrontation récurrente avec le traitement suscité par un même mot, « indigènes », dans différents contextes et ce à travers des exemples pris dans diverses publications historiographiques.

Au cours de notre préparation passée des concours de l’enseignement, notamment l’agrégation, nous avons été amené à voir ce vocable dans trois situations spatiales et chronologiques différentes : le monde grec « colonial » de l’époque archaïque (VIIIème – fin du VIème siècle avant notre ère) ; les conquêtes espagnoles et portugaises à l’époque moderne (XVIème – XVIIème siècle), notamment en actuelle Amérique du Sud et dans les Caraïbes, et enfin dans la situation des colonies occidentales et japonaises aux XIXème et XXème siècles.

Le cas grec archaïque

Dans les publications ayant trait à l’époque grecque antique, l’historiographie use sans problèmes et sans arrières pensées malsaines du terme « d’indigènes », même si c’est de façon plutôt rare puisqu’il ne se justifie pas par les sources anciennes, pour parler des populations locales, Brettiens de Grande Grèce ou Elymes en Sicile par exemple. Cela peut se justifier intellectuellement en regard de la situation antique. En effet, comme permet de mettre en évidence le mot de « Barbares », l’époque archaïque grecque n’introduisait pas – cela évoluant par la suite – une quelconque notion de différenciation culturelle sur fond de supériorité absolue de la « race hellénique » sur les autres peuples. En contexte colonial, la faiblesse des effectifs des colons, au moins dans un premier temps, interdisait une quelconque pensée de ce type. De fait, comme l’explique Anne et François Queyrel [1] :

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La colonisation japonaise de la Corée : un passé qui ne passe pas

comfortwomenSi en 1994 Eric Conan et Henry Rousso écrivaient que, pour la France, Vichy est un « passé qui ne passe pas » (présentation ici), ce qui a contribué à rendre la mémoire du régime pétainiste un peu moins brûlante qu’elle ne fut, je suis tenté de croire qu’un tel travail « d’introspection nationale » n’a pas encore été effectué par les Japonais, tout du moins à l’échelle du grand public. De fait, les médias français se font parfois le relais de mots ou actions controversées effectuées par des officiels nippons concernant des faits historiques datant de l’époque du deuxième conflit mondial. Récemment, on se souviendra des propos du maire d’Osaka sur le caractère « nécessaire » des « femmes de réconfort » ainsi que les régulières visites officielles au sanctuaire shinto de Yasukuni, la dernière s’étant déroulée le 20 octobre dernier. Par ailleurs, à en croire le récit de cette journaliste française expatriée au Japon, Alissa Descotes-Toyosaki, le phénomène est loin de s’atténuer ces dernières années, le Parti Libéral Démocrate (droite), actuellement au pouvoir, tendant à déposer un voile opaque sur cette période. L’équivalent japonais du discours de Jacques Chirac le 16 juillet 1995 n’a pas (pour l’instant ?) été prononcé.

Toutefois, il ne s’agit pas uniquement d’un syndrome touchant la classe politique, mais aussi l’ensemble de la société. Au premier rang on trouve le sanctuaire Yasukuni. Selon l’historien Yoshiaki Yoshimi, cité par Alissa Descotes-Toyosaki, le lieu :

présente la thèse officielle d’un Japon non-agresseur qui a au contraire libéré les pays est asiatiques du joug occidental’. L’exemple le plus remarquable de ce déni de l’Histoire est l’absence de tout document sur les atrocités commises par l’armée impériale, dont le massacre de Nankin présenté comme un « Incident ».

Néanmoins, ce déni peut se manifester à travers des avatars assez surprenants. C’est le cas des vidéos dont je voudrais parler. Elles sont le fait d’une youtubeuse japonaise, randomyoko2. Celle-ci a récemment mis en ligne deux vidéos aux titres évocateurs, Annexation Song et Comfort Women Song. Les voici :

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