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Deux mondes qui ne peuvent se comprendre ? Réflexion sur la popularisation à la lecture d’Antoine Prost

Antoine Prost

Antoine Prost

Depuis quelques jours, en plus du redémarrage des lectures pour les concours de l’enseignement, nous avons entamé la lecture d’un nouvel ouvrage d’épistémologie de l’histoire, Douze leçons sur l’histoire d’Antoine Prost, paru en 1996. Il nous a été chaudement recommandé par Sophie Dulucq sur Twitter. Même si nous ne l’avons pas encore fini – et qu’il n’a donc pas encore été chroniqué dans la section « J’ai lu » – , nous pouvons déjà affirmer que ce livre est un must read. En effet, l’expression y est claire, l’esprit parfois un peu taquin, notamment lorsqu’il parle des « conflits » au sein de la corporation historienne, et le contenu foisonnant et utile.

Lecture critique de quelques passages d’Antoine Prost

Pour l’instant et dans notre optique de réflexion autour de la notion de popularisation de l’histoire, nous en retirons deux passages intéressants. Tout d’abord, Antoine Prost explique [1]

On a pu ainsi soutenir la thèse d’un double marché de l’histoire, comme des autres sciences sociales. D’un côté, un marché académique, où la compétence scientifique est attestée par des travaux érudits et la reconnaissance accordée par les pairs, concurrents virtuels peu enclins à l’indulgence. Ici la valeur est rémunérée par des gratifications symboliques ou morales, puis éventuellement par des avantages de carrière. D’un autre côté, le marché du grand public. Ici, les qualités les plus prisées ne sont point la nouveauté (on peut réécrire le même Jeanne d’Arc tous les quinze ans…), ni l’originalité méthodologique, encore qu’elles puissent constituer un piment intéressant. Ce sont celles qui assurent le succès auprès des profanes : l’ampleur et l’intérêt du sujet, une mise en oeuvre synthétique et élégante, débarrassée de l’appareil critique, parfois la charge idéologique de l’ouvrage et la capacité de l’auteur – ou du service de presse de sa maison d’édition – à susciter des commentaires élogieux. Sur ce marché, le verdict du nombre est souverain : il entraîne des rémunérations en termes de notoriété, de tirages et de droits d’auteur.

On peut mesurer la pertinence toujours actuelle de ces propos lorsque l’on se souvient qu’une des justifications de Lorant Deutsch du bien fondé de ses intentions au cours des différentes polémiques – notamment celle autour de Métronome – était d’intéresser le « grand public », la preuve de l’efficacité de sa méthode figurant dans des arguments comptables et des chiffres de vente.

Plus loin, autour d’un débat entre « pertinence sociale et pertinence scientifique », Antoine Prost affirme [2] (suite…)

Qu’est-ce que populariser en Histoire ? Avis personnel suite à une réflexion théorique

"Historia" (1892) de Nikolaos Gyzis (1842-1901)

« Historia » (1892) de Nikolaos Gyzis (1842-1901)

Je me suis déjà exprimé à plusieurs reprises, dans de longs articles ou par petite touche, sur la thématique, fondamentale pour moi, de la popularisation du savoir historique. Toutefois, je crois qu’il faut que je fasse un effort de synthèse pour mettre à plat l’état de ma pensée sur le sujet en mars 2014.

Autant le dire d’emblée, dans cet article je ne m’intéresserais qu’à la thématique tournant autour du grand public plutôt adulte. En effet, le public scolaire et les contraintes des différents programmes édictés dans les locaux ministériels de la rue de Grenelle sont, je crois, un cas assez spécifique et particulier. A ce propos on lira avec attention cet article de Servane Mazarin publié sur le site du collectif Aggiornamento histoire-géo . Celle-ci y traite de la pertinence, selon elle, de l’intégration d’un champ majeur de « l’histoire universitaire » dans le monde de l’Education Nationale, l’historiographie. De fait, l’ajout de cette discipline à l’histoire scolaire pourrait être, il me semble, un vecteur intéressant d’une intégration de « l’histoire universitaire », plus proche de ce que l’on pense être les réalités historiques, dans les classes, notamment du secondaire. Le second bénéfice serait de démontrer que Clio n’est pas la muse d’une discipline morte faite uniquement de dates et autres choses ennuyeuses.

Venons en désormais au but premier de cet article : ma vision de ce que pourrait être la popularisation du savoir historique et surtout de comment, au sens des moyens à mettre en oeuvre, cela serait possible. Je ne prétends pas clore un débat dont, assurément, je ne maîtrise pas tous les tenants et les aboutissants. L’objectif est simplement d’apporter une contribution supplémentaire. De même, je ne prétends pas avoir tout lu/vu/entendu sur le sujet. Il ne s’agit ici que d’un avis personnel et, qui plus est, purement théorique. En outre, cet exposé ne revient pas à dresser un constat amer sur ce qui se fait déjà. Beaucoup de personnes, dont des universitaires, mettent déjà beaucoup de coeur à cet ouvrage, qu’elles en soient ici félicitées. En supplément des quelques exemples que j’avais présenté dans mon précédent article, je voudrais également mettre en avant Histoire pour Tous. On écoutera également avec intérêt une présentation du site comme exemple de vulgarisation par Christophe Naudin lors d’une journée d’étude récente du CVUH.

(suite…)