l'histoire est un combat

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Assassin’s Creed Unity et la mémoire politique

Voici donc à quoi ressemble l'obscur objet de cette tempête dans un verre d'eau

Voici donc à quoi ressemble l’obscur objet de cette tempête dans un verre d’eau

Que de débats ! Que de réactions épidermiques ! Que de lignes – souvent intelligentes, parfois beaucoup moins – écrites à propos de la toile de fond historique du jeu vidéo Assassin’s Creed Unity, sorti récemment sur consoles et PC. Tous les acteurs ayant pris part à l’élaboration de ce « produit culturel » (concepteurs du jeu vidéo, historiens ayant eu fonction de conseillers historiques [Laurent Turcot et Jean-Clément Martin] etc…) ont répondu à l’accusation en diabolisation de la période de la Révolution française et du personnage de Maximilien Robespierre, lancée par deux cadres du Parti de Gauche, Jean-Luc Mélenchon et Alexis Corbière. De même, les médias ont convoqué l’avis d’autres historiens de la période révolutionnaire, notamment Michel Biard, Hervé Leuwers et Guillaume Mazeau.

A la lumière de tout ce qui a déjà été écrit ou exprimé sur le sujet, on pourrait légitimement s’interroger sur la pertinence et l’intérêt de notre bafouille actuelle dans la polémique. Avec nos faibles moyens et notre sommaire connaissance de la pléthorique historiographie de la Révolution française, nous voudrions essayer de prendre un peu de hauteur pour raisonner en termes de place de l’historien dans la société et du rapport de segments de la société française à l’histoire. Notre angle d’interrogation de la polémique ne s’attachera donc pas réellement aux faits, notamment parce qu’il a été clairement démontré que des erreurs factuelles se sont glissées, de manière plus ou moins volontaires, dans le scénario du jeu et que donc tout propos supplémentaire ne serait qu’une redite moins bien écrite des arguments d’autrui.

Alexis Corbière et l’histoire, ou quand l’enfer est pavé de bonnes intentions

Nous n’avons pas nécessairement et à priori de problème politique avec Alexis Corbière. Nous ne le détestons pas, lui et les camarades de son parti, pour ce qu’ils sont, une certaine partie de la gauche française, ou pour ce qu’ils pensent sur les grands sujets de tourments de la société française actuelle. En revanche, nous avons plus de mal à apprécier les diverses sorties historiques de l’homme politique parisien.

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De la nécessité de défendre LES résistances

Affiche de la série "inspirée de faits réels" "Résistance", actuellement diffusée sur TF1.

Affiche de la série « inspirée de faits réels » « Résistance », actuellement diffusée sur TF1.

On connaissait depuis longtemps l’envie de différents groupes, plus ou moins politiques et de droite comme de gauche, de se servir des épisodes de résistances à l’occupant nazi pour servir leurs causes actuelles en ne mettant en avant uniquement les groupes résistants se rapprochant le plus de leurs opinions. Sur ce blog, nous avons même déjà épinglé, il y a de cela plusieurs mois, des exemples de ce phénomène, un de gauche et d’extrême-droite.

De l’art, bien partagé sur tous les bancs de l’hémicycle, de déshistoriciser les personnages symboliques

Dans le même temps, il a été possible d’observer ces derniers mois une fâcheuse tendance à dépolitiser certains personnages historiques. Si cela peut les rendre plus « acceptables » dans certains contextes, il demeure que cela détruit un pan entier de la personnalité de l’individu en question. A tel point que parfois il n’est plus réellement possible de comprendre les choix et pensées du protagoniste dans toute leur complexité.

On pourrait, par exemple, envisager sous cet angle la récente, février 2014, nomination au Panthéon de différents personnages, notamment par le fait que, lors de l’allocution présidentielle, l’appartenance politique des protagonistes a été effacée. Ils ont été essentialisés comme représentants de grandes valeurs ou thématiques, liberté, égalité, fraternité ou éducation.

Sur la nécessité de défendre la pluralité des résistances

Ces dernières semaines, le téléspectateur que nous sommes a également pu assister à un phénomène intéressant. En effet, depuis le 19 mai dernier, TF1 diffuse une fiction « inspirée de faits réels », RésistanceOutre le témoignage qui va suivre, l’esprit affûté de l’historien aura remarqué la présence d’un singulier. Cela ne saurait être considéré comme anodin. En effet, ce singulier revient à interpréter que les hommes et les femmes qui sont entrés en résistance l’ont fait selon une grille intellectuelle, politique, idéologique identique. C’est comme si LA résistance était un fait unitaire. Cela doit beaucoup à ce qu’Henry Rousso a appelé le résistancialisme. De fait, ce dernier explique [1] que :

A la Libération, […] le général de Gaulle a posé les deux principales pierres de touche : l’évacuation de Vichy et la légitimation de la Résistance, image abstraite, vidée de sa multiplicité historique, dont il dépossède les résistants au profit de la nation « toute entière ».

Outre cette série, certains politiques reprennent cette antienne de LA résistance. Avec les commémorations du soixante-dixième anniversaire du débarquement en Normandie, le 6 juin 1944, la moisson a été, comme on pouvait s’y attendre, plutôt abondante. A la volée nous ne retiendrons que l’exemple de Nicolas Dupont-Aignan, notamment parce qu’on y peut y voir la survivance du résistancialisme gaullien, mais cette thématique d’une résistance unitaire est plutôt bien partagée par l’ensemble de la classe politique française.

Pour ce qui est des faits, certes, chaque individu avait en commun avec son camarade de combat de vouloir se battre pour lutter contre les nazis, mais tous n’avaient pas les mêmes raisons pour cela. Certains étaient des juifs persécutés par le nazisme, d’autres des communistes ou socialistes viscéralement « antifascistes » et d’autres encore patriotes avec le désir de rendre sa souveraineté et sa démocratie à la France. In fine, il devient nécessaire de cesser de sanctifier UNE résistance une et indivisible et de montrer la réalité des faits, c’est-à-dire DES résistances.

En guise de conclusion, nous nous permettons de reproduire ici le texte plein d’intelligence et de vérité de Bernard Kirschen, fils d’André Kirschen, un des résistants mis en scène dans la série historique de TF1.

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« Vos objets ont une histoire » sur France 2, un rendez-vous manqué ?

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« Vos objets ont une histoire » présenté par Charlotte de Turckheim, bientôt sur France 2.

Depuis quelques jours, voire quelques semaines, l’antenne de la première chaîne de service public de France a été mobilisée à divers moments pour faire la promotion d’une future nouvelle émission, « Vos objets ont une histoire » . Pour ceux qui n’auraient pas encore pu voir la bande-annonce du programme, elle est disponible ici. Pour l’instant, au 15 mai 2014, peu d’images circulent et pour cause, le premier tournage va se dérouler à Tours dans quelques jours, le 17 mai. Par conséquent, pour obtenir quelques (maigres) informations sur la genèse et la préparation de « Vos objets ont une histoire », on ne peut se référer qu’aux éléments apportés directement par France 2 ou aux messages distillés par les différents comptes officiels de l’émission sur les réseaux sociaux, notamment Twitter et Facebook. De son côté la presse écrite, notamment La Provence et Le Figaro, a l’air au moins intéressée par le concept. Nous devrons attendre la diffusion du premier épisode pour lire de plus amples critiques.

Il semble, en tout cas, que ce soit un projet plutôt mûrement réfléchi puisque, malgré un potentiel d’incertitude et une manipulation des données pour « vieillir » le lancement du concept de l’émission, la page Facebook pourrait avoir été créée le 23 mai 2013. Les concepteurs n’effectuent pas non plus une sorte de « saut dans l’inconnu », le programme est la reprise d’un homologue anglais diffusé sur la BBC, Antiques Roadshow.

A partir de ce peu de sources, notre critique ne saurait être chose que très limitée. Nous allons donc plutôt nous intéresser au détail de notre ressenti vis-à-vis du programme.

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