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Taiwan, une histoire trop sino-centrée ?

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Drapeau de l’éphémère république de Formose, née et morte au cours de l’année 1895

Parfois ce sont des rencontres anodines ou des « événements » quotidiens qui amènent à s’intéresser à de nouveaux pans d’histoire, à aiguiser sa curiosité et son esprit critique. Et ce même en vacances. Car oui, un historien est un historien tout le temps. Sinon il n’est pas. Ce nouveau billet de blog va donc évoquer quelques réflexions suite à des vacances personnelles sur « l’île merveilleuse », ou Ilha Formosa comme l’ont appelée les Portugais au XVIème siècle. Nous allons donc essayer de parler de Taiwan, son histoire, le rapport à l’histoire des différents acteurs de la société taiwanaise et les tensions entraînées par des visions du sujet souvent assez antagonistes. Cela va sans dire que notre point de vue n’est que celui d’un touriste, touriste-historien attentif au événements qui se déroulent autour de lui, mais touriste malgré tout, donc bien plus amateur qu’expert de Taiwan. Il convient donc de prendre les prochaines lignes à leur propre valeur.

Le cas complexe de la période coloniale : oublier sciemment les faits pour poursuivre l’utopie d’une seule et unique « République de Chine » [1]

Tout d’abord, la vie quotidienne est ponctuée d’un fait qui, même s’il est anodin, ne lasse pas pour autant de nous interroger. En effet, comme le prouve la photo ci-dessous, prise à la gare de Chiayi (centre-sud du pays), le calendrier en vigueur à Taiwan n’est pas, bien entendu, le calendaire grégorien. Par conséquent, le point de départ de ce comput ne saurait être, comme dans nos pays occidentaux, la naissance de Jésus. Il nous serait aisément possible de réitérer cette petite expérience et ce das des endroits aussi divers que des supérettes ou des cinémas. Tout cela pour bien mettre en évidence qu’officiellement, pour l’administration de l’Etat régissant le territoire de la République de Chine, le calendrier est régi par le système du minguo calendar (Mínguó Jìyuán – 民國紀元). De même, pour les usages quotidiens des simples citoyens et habitants.

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Chthonic et l’histoire. Une vision plus fine que prévue

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Freddy Lim, fondateur de Chthonic, brandissant un drapeau tibétain lors d’un concert lors d’un festival. Date et lieu inconnus.

Après un premier article qui leur était consacré il y a de cela plusieurs mois, je reprends la plume pour reparler du groupe de métal taïwanais Chthonic et de leur vison de l’histoire. Si dans un premier temps je m’étais montré sceptique et suspicieux, argumentant autour de l’idée des engagements politiques et citoyens du chanteur Freddy Lim pour poser la question du but de certaines paroles, je dois avouer que mon point de vue a un peu changé, au moins pour une partie des chansons.

Cette légère modification de mon point de vue fait suite à la découverte de nouveaux documents, notamment des vidéos. Bibliographiquement, je suis toujours à la recherche d’une histoire générale de l’île de Formose et de ses habitants en langue française, mais jusqu’à présent mes recherches n’ont pas réellement abouties. Suite à un tweet au site Taiwan Info (émanation directe du Ministère des Affaires étrangères de la République de Chine), celui-ci m’a renvoyé directement vers plusieurs titres. Si je prends ce complément d’informations avec joie, il n’en demeure pas moins que je n’ai pas eu la possibilité de me pencher sur le fond de ces ouvrages donc je ne saurais dire leur qualité ou leur médiocrité.

Par ailleurs, il est possible de glaner des éléments au sein du sixième tome de la Cambridge History of Japan ou dans la Cambridge History of China pour la période précédant la colonisation japonaise, mais cela ne nous renseigne pas réellement sur les cultes et les légendes des populations de l’île, ce qui semble être un référentiel important dans les paroles de Chthonic. Je dois donc, encore, me contenter de suppositions et d’hypothèses sans réels appuis historiographiques pour guider mon chemin.

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L’histoire à l’appui de revendications géopolitiques : le cas des îles Senkaku

Senkaku

Des nationalistes japonais sur l’ilot Uotsuri, part des îles Senkaku, le 19 août 2012

Devant l’empire de la nécessité et de fortes pressions états-uniennes, durant la seconde moitié du XIXème siècle, le Japon s’est peu à peu « ouvert » sur le reste du monde, tant asiatique qu’occidental, après deux siècles de « renfermement » quasi complet, seul le port de Dejima étant un mince lien avec les influences extérieures. Cette volonté d’expansion a pour but de résister à la pression européenne, très présente à l’époque par la colonisation progressive de l’Indochine par la France ainsi que les coups de boutoir portés à la souveraineté territoriale chinoise à travers la première et deuxième guerre de l’opium. Cela a conduit l’empire des descendants de Jinmu à rechercher des extensions territoriales, notamment au détriment de la dynastie mandchoue des Qing. Cela a conduit à la première guerre sino-japonaise entre 1894 et 1895. Un récit japonais en est disponible ici à travers l’ouvrage d’époque de Jukichi Inouye, A Concise history of the war between Japan and China. Le conflit se solde par une victoire japonaise et le traité de Shimonoseki. Ce dernier prévoit, au titre des concessions territoriales, que le Japon est désormais propriétaire de la presqu’île de Liaodong ainsi et surtout de Taïwan et les îles attenantes, dont les Pescadores et les Senkaku. Depuis 1971 trois entités étatiques se disputent le contrôle des quelques îlots en question : l’Etat japonais, la République Populaire de Chine sur le continent et la République de Chine basée à Taïwan.

Ce rappel historique a pour but de fixer le cadre chronologique et géopolitique du propos qui va suivre. Celui-ci se veut une étude de certaines justifications historiques alléguées par certains Japonais pour affirmer leur droit et leur légitimité sur les îles Senkaku. Si l’argumentaire japonais est ici ciblé, cela ne veut pas dire que les justifications chinoises et taïwanaises ne sont pas également de nature historiques. Néanmoins, elles ont déjà été décortiquées dans un article de Thierry Mormanne pour la revue Ebisu en 1996.

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