l'histoire est un combat

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De l’hystérie autour des nouveaux programmes d’histoire-géographie du collège

« Alors là tu vois Moussa c'est le gentil Charles Martel qui a tapé sur les méchants Arabes qui voulaient nous envahir lors de la bataille de Poitiers en 732 »  Le rêve des déclinologues, le retour à un enseignement patriotique de l'histoire.

« Alors là tu vois Moussa c’est le gentil Charles Martel qui a tapé sur les méchants Arabes qui voulaient nous envahir lors de la bataille de Poitiers en 732 »
Le rêve des déclinologues, le retour à un enseignement patriotique de l’histoire.

Périodiquement les programmes d’enseignement d’histoire-géographie du secondaire sont révisés. C’est à la tâche de réformer ceux du collège que s’attelle actuellement le ministère de l’Education nationale, aidé du Conseil Supérieur des Programmes. Le détail en est disponible ici. Comme à l’accoutumée, à cette occasion les débats sont vifs. Pour un état général des différentes critiques les plus folles, nous renvoyons à cet article de Christophe Naudin pour Histoire pour tous.

Nous ne saurions trop rappeler que, à l’heure actuelle, les nouveaux programmes, notamment en histoire-géographie, ne sont qu’au stade de projet et que de nombreuses étapes consultatives et délibératives sont prévues avant leur adoption définitive et donc leur mise en place. De même, un des principes fondamentaux de la corporation enseignante tient à l’atout de la liberté pédagogique. Celui-ci n’implique pas de pouvoir enseigner n’importe quoi, mais de laisser à l’enseignant la souplesse de pouvoir atteindre l’objectif fixé par les programmes de la manière qui lui paraît la mieux adaptée eu égard à ses élèves et à ses méthodes personnelles. Par conséquent, toutes les polémiques autour des sous-entendus politiques des programmes sont toujours absurdes étant donnée que les enseignants ont une capacité d’agir, une agency, forte.

Diriger c’est faire des choix

Par ailleurs, même si notre poste actuel d’assistant d’éducation implique que nous ne faisons pas partie de « l’engeance des seigneurs » que constitue les enseignants au sein de l’Education Nationale, nous avons essayé de comprendre les différentes composantes de la nouvelle réforme du collège mise en place par Najat Vallaud-Belkacem.

Cela a donné des discussions animées et franches – pour ne pas dire tendues – sur les réseaux sociaux [1]. Il demeure qu’il nous semble nécessaire de concevoir cet allègement probable des programmes en lien avec les projets de nouveaux enseignements interdisciplinaires, les EPI. Ces derniers – dont la pertinence et/ou la faisabilité peut être contestable, mais ceci est un autre débat –  ne sont rendus possibles que par une diminution des volumes des programmes. Il s’agit donc d’un changement profond, choix qui mérite débat, mais qui se respecte. Un pas de plus en direction de la tête bien faite contre la tête bien pleine donc, même si nous sommes tout à fait conscient que résumer ainsi est réducteur et que de toute manière les deux approches ne sont pas fondamentalement antagonistes.

Des programmes contestables, mais pas pour les ineptes raisons habituellement invoquées

Comme le rappelle l’article précédemment cité, tous les déclinologues de l’éducation et autres sectateurs d’un enseignement de l’histoire à vocation identitaire et patriotique reprennent en cœur la fable selon laquelle l’étude de l’histoire de l’islam serait obligatoire alors que la période des Lumières se verrait rétrograder au rang de facultative. Le tout agrémenté de conjectures sur un affaiblissement hypothétique de « l’identité française ».

Nous en voulons pour preuve, parmi d’autres, ce tweet du « philosophe » Michel Onfray en date du 4 mai 2015 :

Avec les nouveaux programmes d’histoire : Islam obligatoire , Lumières facultatives. Michel Houellebecq sourit dans son coin …

Ou encore un certain consensus dans l’ensemble des droites autour de cette idée de perte identitaire à travers, par exemple, des communiqués de Bruno Le Maire et de 89 autres députés (en date du 6 mai 2015), député UMP de l’Eure, ou de Nicolas Bay (en date du 23 avril 2015), secrétaire général du Front national.

En outre, nous nous étonnerons un peu – mais pas tant que ça, étant donné que le personnage nous a déjà fait froncé les sourcils précédemment sur ce blog – des propos de Pierre Nora dans une interview au Journal du Dimanche en date du 3 mai. Ce dernier explique :

Ces programmes portent à l’évidence la marque de l’époque : une forme de culpabilité nationale qui fait la part belle à l’islam, aux traites négrières, à l’esclavage et qui tend à réinterpréter l’ensemble du développement de l’Occident et de la France à travers le prisme du colonialisme et de ses crimes.

De fait, il est absolument aberrant d’affirmer que l’Islam est favorisé au détriment des Lumières. Comme l’expose clairement Christophe Naudin :

Tout d’abord, l’Islam. Il ne devient pas obligatoire, il l’était avant… Et il l’est tout autant que la naissance du judaïsme et du christianisme en 6ème. Que n’aurait t-on dit si seuls deux monothéismes sur trois avaient été considérés comme obligatoires ? L’Islam n’est pas favorisé, il est à sa juste place, dans l’histoire du Moyen Age […].

[…] Les Lumières à présent. […] Ce qui fait bondir les ayatollahs du roman national, c’est que le thème « Sociétés et cultures au temps des Lumières » est optionnel alors que le thème sur les empires coloniaux est obligatoire, tout comme celui sur la Révolution et l’Empire… Comment imaginer pourtant qu’un enseignant qui fait sérieusement son travail puisse parler, non seulement de la Révolution, mais aussi de la traite et de l’esclavage, sans donner une part importante aux Lumières ?

De fait, il existe, il nous semble, deux points qui mériteraient des éclaircissements. Le premier concerne un des thèmes du programme de 4ème  : « La Première Guerre mondiale et les violences de guerre ». L’objet du litige n’est pas tant dans l’intitulé du thème que dans sa place au sein de l’ensemble. En effet, il est placé en fin d’année donc serait probablement étudier au cours des mois de mai et/ou juin, période de relatif relâchement dans l’attention des élèves. Par ailleurs, les inévitables impondérables qui peuvent émailler une année scolaire (problème de concentration des élèves donc retard chronique dans l’avancement du programme, jours fériés faisant manquer plusieurs heures de cours, événements annexes à la vie de l’établissement ou de la classe etc…) font que les enseignants peuvent, à leur corps défendant, manquer de temps pour étudier ce thème important, important non pour des raisons idéologiques, mais parce que les effets de la Première Guerre mondiale se font ressentir dans les inconscients des sociétés occidentales des années 1920 et 1930, que ce soit le sentiment d’humiliation en Allemagne ou le crédo pacifiste de la France ou l’Angleterre autour de l’idée d’un « plus jamais ça ».

Comme l’explique Michel Lussault, président du Conseil Supérieur des Programmes, sur Twitter, ce choix de découpage est avant tout pratique, l’étude du premier conflit mondial en classe de 3ème rendant cette dernière particulièrement dense. Cet argument s’entend et il est louable de penser au rythme des enseignements. Néanmoins, cela ne répond pas réellement à la question de l’étude réelle de la guerre de 14-18, par faute de temps. Par ailleurs, on appréciera à sa juste valeur ce choix en pleine période de commémoration massive du conflit à travers les événements du Centenaire. Il demeure que nous faisons confiance au professionnalisme des enseignants pour faire de leur mieux.

Le second point que nous voudrions soulever concerne le programme de 3ème. De fait, le dernier thème de l’année s’intitule « Les Françaises et les Français en République de 1944 à nos jours » et se compose de deux chapitres :

De la IVe à la Ve République : démocratie sociale et évolution de la place de la France dans le monde
La France des années 60-70 : une société en mutation

Certains esprits pourraient trouver que l’on fait peu de cas de Vichy, mais aussi et surtout ils pourraient interroger la pertinence de cette borne chronologique finale autour des années 1970, comme s’il y avait une répulsion à étudier l’histoire du temps présent [2]. On pourra rétorquer qu’en ce qui concerne Vichy, des éléments pourront être apportés dans le chapitre sur la Deuxième Guerre mondiale, même si cela aurait pour conséquence d’alourdir ce dernier. De même, en faisant référence à la fois à la IVème et à la Vème république, l’intitulé souple du premier chapitre du thème peut permettre de dépasser la limite chronologique des années 1970.

Une autre vision de l’enseignement de l’histoire

In fine, toutes les réactions épidermiques et polémiques susmentionnées démontrent – encore – que la société française a un immense besoin d’histoire. Enfin, d’une certaine vision civique de l’histoire. Le but de cette quête – malgré ce que de nombreux conservateurs expliquent sur les antennes de radio ou de télévision ou dans les journaux [3] – ne serait pas, il nous semble, de partir à la recherche d’hypothétiques et/ou fantasmées « racines », mais plutôt la nécessité de se donner comme récit fondateur une geste glorieuse.

Toutefois, si cette société ne saurait se définir en tant que Nation uniquement par le biais du ressassement d’une histoire blanche, chrétienne et glorieuse plus ou moins mythifiée – et en dehors de toutes les réalités – , alors il est clair que nous, nous tous, sommes face à un problème d’envergure. Surtout cela serait oublier qu’il s’agit d’un récit construit qui ne nous apprend rien sur la réalité des faits. Une douce fable en somme.

En effet, les historiens ne veulent plus être les « instituteurs de la Nation ». Et nous croyons que cela constitue un geste salutaire, tant du point de vue civique, que de celui de l’intégrité intellectuelle de la profession. Dans le même temps, une ouverture intellectuelle sur d’autres espaces – projet déjà esquissé avec les programmes de 2008 et l’introduction de cours sur la Chine des Han ou l’Afrique de Monomotapa – ne saurait être vu comme une attaque contre « l’identité française ». En outre, nous ne saurions trop rappeler, grâce au précieux travail du Réseau Historiographie et Epistémologie de l’Histoire, que ce n’est qu’au XIXème siècle que s’opère un lien profond et tenace entre identité nationale, patriotisme et enseignement de l’histoire. Auparavant, notamment au cours de la période moderne, l’histoire ne possédait pas cette vertu identitaire, même si elle était conçue comme un répertoire de récits à visée moralisante.

Nous ne revenons pas à expliquer qu’il n’existe pas « d’identité française », mais que sa transmission doit passer par d’autres canaux que ceux de l’enseignement de l’histoire. De l’audace donc à ces promoteurs d’identité pour expliquer ce qu’est « être français », même si nous saisissons bien le caractère flou de ce concept, autrement que pour le recours à l’épopée historique. La formation identitaire n’étant pas sa fonction première, l’histoire doit être tenue en dehors de tous ces débats.

En ce qui concerne l’élaboration d’un hypothétique « programme parfait », nous tendons à nous rapprocher de la vision mise en avant par Laurence de Cock selon laquelle :

L’enseignement de l’histoire produit un commun qui n’est pas l’apanage de celles et ceux qui pensent encore descendre des Gaulois. Il doit inventer un récit à plusieurs voix, transfrontalier, combinatoire ; un récit où hommes et femmes ordinaires partagent la responsabilité motrice de la marche du temps ; un récit qui débusque les dominations passées et fabrique les outils permettant de déjouer celles du présent.

Même si nous nous demandons encore comment une telle ébauche pourrait prendre forme…


[1] Et nous en profitons pour remercier Aurélie Gascon, Laurent Fillion et, dans une moindre mesure, Anthony Lozac’h pour leur patience à répondre à mes sempiternelles questions. Ainsi que Christophe Cailleaux pour ses remarques critiques souvent judicieuses.

[2] Quoi vous avez dit que c’est du journalisme ? L’ouvrage récent de Ludivine Bantigny devrait pouvoir permettre de remettre en cause cette idée reçue.

[3] Par exemple, Pierre Nora explique posément et naturellement – dans l’interview au Journal du Dimanche – que, selon lui, les programmes doivent :

expliquer ce que la France a apporté à l’Europe et au monde et, inversement, ce qu’elle a reçu de l’Europe et du monde.

Le cadre chronologique pourrait reprendre les identités françaises successives : féodale, royale, monarchique, révolutionnaire, nationale, républicaine, et aujourd’hui démocratique. On mettrait l’accent sur ce que notre pays a apporté de singulier au reste du monde : par exemple les cathédrales, l’élan chrétien, ensuite et surtout le modèle de l’État-nation, l’absolutisme monarchique dans ce qu’il a de glorieux – Versailles, le Roi-Soleil… – et de niveleur pour les minorités nationales, les Lumières, la langue française qui a régné sur l’Europe du XVIIIe siècle, les droits de l’homme, l’expérience révolutionnaire dans ce qu’elle a de positif et de négatif, une littérature extraordinaire, l’expérience coloniale avec ce qu’elle a pu également apporter au monde, y compris des armes pour s’affranchir…

Une vision que ne bouderais certainement des déclinologues tels que Dimitri Casali, ce dernier étant complaisamment invité dans les médias (1, 2, 3 et 4, en à peine un mois…)

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14 commentaires

  1. C’est moi ou il y a un gros paradoxe caché dans cet argumentaire?
    Quand le prof d’histoire avait un rôle idéologique d’embrigadement au service de l’Etat, ce que l’on pouvait regretter mais qui avait l’avantage d’être clair, on voyait l’intérêt que pouvait avoir un gouvernement à se mêler des programmes et à micro-manager ce qu’apprennaient les élèves.
    Mais à partir du moment où ce rôle de maître ès Patrie s’est évanoui, quel est le but recherché par l’Etat. Le système devient comme un âne sans carotte, il divague et ses décisions prennent un tournant stochastique. Pourquoi se mêler de quelque chose où l’on a aucun intérêt clair, bien compris et déclaré?
    Pour prendre une image, c’est comme un eunuque homosexuel essayant de draguer une poupée gonflable de Kim Kardashian, c’est du vaste n’importe quoi.
    Il y a deux issues possibles à mon avis: soit l’Etat se décharge totalement de l’enseignement de l’histoire et elle n’est plus enseignée à l’école (comme tant d’autres sujets du droit à la sexualité en passant par la couture et l’étiquette) ou, a minima, l’histoire reste enseignée mais l’Etat se désengage du quoi et du comment en se contentant d’une position arbitrale, laissant les enseignants et les parents décider pour eux-même.
    Les seuls à avoir quelque chose à y perdre sont les membres de la commission des programmes et les journalistes du Figaro qui aiment à crier au loup.

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    • Michel Deniau dit :

      Je comprends ta position, elle aussi a le mérite d’être claire. Néanmoins, j’ai peur que ce soit difficilement faisable, notamment la partie « débrouillez vous chacun dans votre coin », étant donné le poids de l’enseignement de l’histoire en France.
      Par conséquent, je tends à penser qu’il faudrait surtout dédramatiser l’idée d’un enseignement de l’histoire comme pierre angulaire de la construction de « l’identité française » tout en n’abandonnant pas la formation civique et intellectuelle que cela peut apporter (esprit critique blabla) une fois retirée la gangue de formol identitaire.

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  2. Voyez cette incapacité maladive des gens à trancher, à juger :

    « La France des années 60-70 : une société en mutation »
    on aurait pu parler, à partir des années 1960, d’un déclin : retour forcé des pieds-noirs et portugalisation tant redoutée, économie française en crise systémique (due à la loi Rotschild 1973), déchristianisation et atomisation, familles décomposées, formatage des esprits par Jack Lang, etc.
    Mais dans la novlangue contemporaine on dit : « elle est en mutation ».

    Comme s’ils avaient peur de rendre évidente ce que tout le monde voit en faisant de l’histoire : la France, un temps premier pays catholique, première puissance européenne, deuxième empire colonial, n’est plus que l’ombre d’elle-même. Même sous sa forme laïque la France ne témoigne plus d’aucune recherche spirituelle. Sa souveraineté n’est plus, les politiciens se dépassent en reptations devant les puissances financières qui possèdent les médias et décident de ce qui est de droite (néo-libéral) et de gauche (révolutionnaires tartuffes qui servent l’extension totalitaire du capital).
    Cette France qui il y a mille ans se piquait de libérer Jérusalem, est aujourd’hui pleine de ces gens conditionnés comme le chien de Pavlov à se scandaliser d’être dans un pays qui, lui, a eu une histoire.

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    • Michel Deniau dit :

      « Cette France qui il y a mille ans se piquait de libérer Jérusalem, est aujourd’hui pleine de ces gens conditionnés comme le chien de Pavlov à se scandaliser d’être dans un pays qui, lui, a eu une histoire. »

      En voilà un très beau mépris pour les « peuples sans écritures » (et donc sans histoire selon votre raisonnement) et une claque directement envoyée à la face de tous les anthropologues de la Terre…

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    • Ça me fait rire la réputation que se trimbale la mal nommée loi Rothschild dans la fachosphère. Il faudra m’expliquer comment les mecs regardent une situation qui cumule un effondrement du système monétaire de Bretton-Woods, une crise économique carabinée chez nos deux premiers partenaires commerciaux, un choc pétrolier et la fin du rattrapage de la productivité de l’Après-Guerre et disent: « nah c’est à cause du système de financement des dépenses de l’Etat en France »??? Je veux bien qu’ils ne croient qu’en la puissance de l’Etat et que, de ce fait, rien de notable ne puisse arriver en dehors des couloirs feutrés du ministère des finances, mais là c’est quand même balèze.
      Quand à Jérusalem… perso je m’en passe bien. Sans compter qu’un pays qui arrive à se faire « formater l’esprit » par un bateleur de troisième zone comme Jack, n’a que ce qu’il mérite.

      PS:c’est pas si mal le Portugal, au moins, eux ils savent jouer au foot

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      • Nom de Dieu, il a dit « fachosphère » ! je suis démasqué. Tant pis. Je croyais bêtement qu’on pouvait valoir quelque chose en dénonçant la mainmise des banques privées sur l’économie française. Ou bien c’est la grille de lecture des bien-pensants qui s’est appauvrie…
        Non seulement les banques partagent le pouvoir souverain de créer de la monnaie (par le prêt, ce qui est déjà une aberration dénoncée tant par de grands économistes libéraux que keynésiens*), mais en plus

        *

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      • mais en plus, disais-je, elles reçoivent, depuis la loi du 3/1/1973, des intérêts de ses prêts à l’État, comme si celui-ci était un vulgaire acteur sur le marché. Vous savez très bien que la souveraineté c’est la capacité de battre monnaie : à partir de ce sombre jour ce droit ne fut plus.
        Certes, la croissance de la France était déjà en sursis depuis le milieu des années 1960, car elle reposait de plus en plus sur des investissements privés et étrangers. Mais tout cela s’est conjugué en 1973-75 : avec un prêt à presque 0% la crise n’aurait pas été aussi dramatique… et les alternances des années 1980 n’auraient pas été si insignifiantes.
        L’État n’a rien pu faire face au choc pétrolier, qui a nécessité de couper dans le budget de tant de projets utiles, pavant la voie aux années fric où s’est développé parallèlement le sida mental. Dont on voit les terribles exemples aujourd’hui, où des gens lambda trouvent du fascisme chez ceux qui s’attaquent aux privilèges exorbitants de la banque.

        http://fr.wikipedia.org/wiki/100_%25_monnaie

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      • Cher Julian, on va commencer par revoir les bases.
        La monnaie n’est pas une activité régalienne par l’intervention du saint esprit. On la déclare telle. Il y a des millions d’exemples de monnaie non-émises par l’Etat dans lequelle elles sont échangées, du taler autrichien utilisé dans toute l’Afrique de l’Est au XIXe jusqu’aux pesos mexicains qui eurent valeur légale aux USA jusqu’à la Guerre de Secession. Jusqu’à la preuve du contraire tout se passait plutôt bien au niveau monétaire dans ces régions. En fait, la monnaie flottante dans la France moderne est un phénomène relativement récent, il ne date que des années 1930.
        Ensuite, le prêt à 0% accordé par les banques aux gouvernement occidentaux après-guerre, il venait bien de quelque part non? Ce n’est pas monsieur BNP et madame Crédit Lyonnais qui allaient fouiller dans leur propre poche pour filer de la tune au père De Gaulle. Cet argent c’était celui des épargnants, soit bibi. Donc au lieu de payer en tant que contribuable, je payais en temps que client des banques… Différence phénoménale!!! On remarquera au passage que ceux qui avaient leur épargne dans des placements réels (actions, immobilier, etc) eux n’étaient pas concernés.
        Quant aux miracle qu’une forte politique de relance en 1975 aurait pu avoir… bah on ne saura jamais, donc peut-être mais peut-être pas…
        Sinon, petit conseil: faire une recherche pour comprendre une expression malheureuse mais qui est largement utilisée, celle de « financial repression ».
        La question n’est pas de savoir si les grandes banques sont des horribles choses ou au contraire des trucs super chouette. En l’espèce, elles n’y sont pas pour grand chose. La fin de Bretton Woods sonnait la fin du système monétaire occidental tel qu’il avait été pratiqué depuis 1944. Rothschild ou pas, cette loi devait être passé.

        PS: j’aime bien Rougeyron et Jovanovic décrit comme des « grands économistes »

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      • Ensuite, le prêt à 0% accordé par les banques aux gouvernement occidentaux après-guerre, il venait bien de quelque part non?
        Non, justement non. C’est le principe de la création monétaire

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      • « Ensuite, le prêt à 0% accordé par les banques aux gouvernement occidentaux après-guerre, il venait bien de quelque part non? »
        Non, justement non. C’est le principe de la création monétaire à l’ère scripturale. Ce n’est pas l’argent des « clients des banques » qui serait transféré au compte de l’État. Non, la banque, lorsqu’elle prête, ajoute simplement une ligne à son bilan : tel client X (ici l’État) est débiteur de tant (4 milliards). C’est ensuite au débiteur de rendre cet argent, issu cette fois de l’économie réelle, augmenté des intérêts de cette dette. Si bien que quand on fera le bilan actif-passif, on s’apercevra qu’il y a eu augmentation de la masse monétaire.
        On voit ça en première ES.

        Les banques n’ont donc dans leurs coffres qu’une fraction de l’argent réel : c’est le système de réserves fractionnaires. Le ratio Cook fixe à 8% le taux de réserves. Les banques ne tiennent que par la confiance des épargnants. À défaut, cela peut aller jusqu’au bank run.

        Il est très important de comprendre cela car il y a aujourd’hui un autre moyen de création monétaire, dont les actifs possiblement pourris qui ont entraîné la crise des subprimes.

        Je ne vois pas en quoi la fin de Bretton Woods et l’arrivée du système des changes flottants suppose de s’interdire la création monétaire à peu de frais. Il y a bien eu des dévaluations par la suite, ce n’est qu’une histoire entre l’État et les grandes banques.

        Au demeurant, je n’ai pas trouvé de source concernant l’utilisation du peso avant 1861 (avant 1848 je veux bien croire, puisque la Californie est alors au Mexique…) mais c’est hors de propos ici. Le droit de battre une monnaie (pas nécessairement la seule) est bien un attribut essentiel de l’État, et ce depuis les temps anciens parce que l’État crée précisément les conditions de la confiance.

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  3. mais en plus, disais-je

    *

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  4. Non, « les banques » ne sont pas des entités spectrales qui se baladent dans le monde en créant de la monnaie. Elles font une pirouette en prêtant par exemple 110% de l’argent de leurs clients, mais il faut bien que l’argent des clients soit en banque pour réaliser cette pirouette. Le client, lui, est content par ce que ça lui fait passer son taux d’intérêt de 2,53 à 2,67%. La création monétaire est donc indexée sur le taux d’épargne en numéraire. Sinon c’est Weimar II en direct.
    Et c’est bien sûr là tout le problème. en prêtant à 0% à l’Etat, la banque fait la pirouette pour des clous et prend des risques important (c’est jamais sans risque de prêter au souverain). Evidemment le banquier ne compte pas payer ça de sa propre poche donc il passe tout ces problèmes à l’épargnant qui se retrouve avec un taux d’épargne en berne.
    Et ce n’est pas un risque théorique. Au cours de la majorité des années 50 et 60 le taux d’intérêt réel était en fait NEGATIF. On perdait de l’argent à prêter au banque. Evidemment, un taux d’intérêt à 0% n’incitait pas l’Etat à la mesure pour les dépenses ce qui faisait s’envoler l’inflation, permettant de facto à l’emprunteur de faire partiellement défaut. L’Etat empruntait donc à un taux réel de -5% environ. Un gros cadeau donc.
    Or s’il y a une loi d’airain en économie c’est qu’il n’y a pas de cadeaux. A la fin, quelqu’un paye toujours. Et dans ce cas c’étaient les épargnants. On pense ce que l’on veut du système actuel, mais au moins il a le mérite d’être clair et logique: ce sont les contribuables qui payent les dettes de l’Etat.

    Sur le dollar, mea culpa, la fin du pesos c’est 1857, pas 1863. Wikipedia: « The Spanish, U.S. silver dollars, and Mexican silver pesos circulated side by side in the United States, and the Spanish dollar and Mexican peso remained legal tender until 1857. »

    La raison pour laquelle l’Etat bat monnaie n’a rien à voir avec la confiance. C’est un problème fiscal. Battre monnaie est un service comme un autre, à ce titre, il rapporte de l’argent. En le monopolisant, l’Etat s’assure des revenus, parfois importants. Le reste c’est de l’idéologie. Au Moyen Age, l’Etat avait aussi le droit de marché et le monopole sur les poids et mesure, c’était une façon de gagner de l’argent, rien à voir avec le cœur de la fonction publique.

    Quant à Bretton Woods, honnêtement, il faudrait que je m’y replonge pour le détail. Mais en gros, il s’agit d’un système où les taux de change ne sont pas libres, mais décidés en conférence par les états. En pratique, ça veut dire que si le gouvernement ne veut pas accepter votre demander d’échanger vos francs contre des dollars, vous ne pouvez pas importer. Evidemment, c’est bien pratique quand on est dans un système où l’Etat boulotte l’épargne, ça permet d’interdire aux clients des banque d’aller ailleurs voir si l’herbe est plus verte.
    Quand Bretton Wood tombe et que les taux de change recommencent à fluctuer, d’un seul coup le gouvernement perd l’un de ses leviers principaux sur l’économie. Pour avoir une chance de continuer à exporter/importer, il est obligé de laisser les taux de change fluctuer et par contre coup de laisser tomber son racket contre les épargnants.

    L’équivalent de la loi de 73 a été passé dans des dizaines de pays en l’espace de quelques mois entre 1971 et 1973. Ça vaut la peine de comparer avec d’autres type de lois comme celles sur l’indépendance des banques centrales qui, elles, s’étalent sur presque 20 ans. La loi de 73 DEVAIT être passer parce que la situation de 44-73 était intenable.

    Après la catastophe de la gestion de la dette après 73 est une autre paire de manche… mais ce n’est pas la faute de la loi elle-même.

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