l'histoire est un combat

Accueil » 2014 » avril

Monthly Archives: avril 2014

Se nourrir du vide : Eric Zemmour et les « Grandes Invasions »

Aureus d'or (263-264) de Postumus, empereur des Gaules entre 260 et 269

Aureus d’or (263-264) de Postumus, empereur des Gaules entre 260 et 269. Droit : Tête de Postumus laurée à droite. Autour POSTVMVS PIVSAVG. Grènetis périphérique. Revers : Postumus assis sur une siège à gauche, la main droite tendue. Personnage à genoux devant lui. Autour INDVLG PIA POSTVMI AVG

J’ai longtemps hésité intérieurement sur la pertinence ou non d’introduire l’étude de cas qui va suivre. Il était, au départ, prévu de l’insérer dans un article (à venir) prenant une perspective plus large sur le camouflage d’une pensée creuse sous les atours de la sapience scientifique. Toutefois, plusieurs raisons m’amène à le détacher. Certes, l’exemple que je vais développer était d’une certaine manière corollaire – en ce sens qu’il s’agit de se nourrir du relatif vide ou de l’imprécision autour d’un sujet historique pour exprimer des désirs et opinions actuelles – au sujet de cet autre billet, mais tout cela ne cadrait pas totalement bien. C’était un peu comme faire le mariage d’une carpe et d’un lapin. Par conséquent, il va être détaché et constituer un tout homogène en soi.

De même, l’idée sous-jacente de cet article n’est pas d’explorer de nouvelles thématiques et découvrir de nouvelles perspectives, mais d’effectuer, une nouvelle fois, le travail de recension des utilisations de l’histoire par des personnalités publiques. Outre le fait qu’il s’agit d’un des objectifs de ce blog, c’est ma façon de contribuer, par une petite pierre, au chantier de William Blanc, Christophe Naudin et Aurore Chéry.

Le personnage que je voudrais citer est Eric Zemmour. Au passage, je remercie Thibault Le Hégarat pour m’avoir signalé cela. De fait, dans l’émission « Ça se dispute » du 18 avril 2014, sur Itélé, le polémiste s’est fendu d’une petite saillie historique. Ce n’est pas la première fois qu’il y a recours. C’est même plutôt fréquent en fait. A en croire les auteurs du livre « Les historiens de garde » (p. 205),

Pour appuyer ses propos, Eric Zemmour fait souvent appel à l’histoire se référant à une historiographie du XIXème siècle, n’hésitant pas non plus […] à tordre les faits, à enchaîner les anachronismes et les erreurs évidentes, ou à ne choisir que ce qui étaye ses thèses […].

(suite…)

Pourquoi je fais de l’histoire ? Brève tentative d’introspection historique

ego2ZZAvec une vision un peu présomptueuse de moi-même et de mes capacités, je pourrais appeler ce que je vais tenter dans ce billet une tentative d’ego-histoire. De fait, selon les mots de Pierre Assouline, l’ego-histoire pourrait se définir comme une forme d’écriture historique où il ne s’agit pas de

de […] donner des mémoires, des souvenirs, des confessions voire une auto-analyse sauvage,

mais plutôt

de se faire historiens d’eux-mêmes avec le même regard que s’il s’agissait d’un autre.

Dans la majorité des cas, les essais d’ego-histoire sont le fruit d’une carrière historienne bien remplie et l’expérience de nombreuses années de réflexion autour de la thématique du rapport entre soi et la discipline historique. C’est le cas des Essais d’ego-histoire édités par Pierre Nora en 1987 et réunissant de grands noms comme Georges Duby, Michelle Perrot, Maurice Agulhon ou encore Jacques Le Goff. De même, avec Le goût de l’archive d’Arlette Farge. Etant donné ma jeunesse, 25 ans, il est très clairement largement présomptueux de se lancer dans une aventure pareille. J’en suis bien conscient. Toutefois, malgré toutes les nuances qu’il faudrait apporter à ce projet, la stimulation intellectuelle induite par cela est si forte que je ne peux résister à l’appel. Par ailleurs, suite à la découverte de la série d’entretiens d’Emilien Ruiz avec des historien(ne)s, je suis obsédé par une des questions posées

Pourquoi êtes-vous devenu historien ?

Sans me comparer aux historien(ne)s interrogé(e)s, ce qui serait, quelque part, les insulter en m’établissant en égal d’eux alors que je suis encore très loin (intellectuellement et universitairement) de leur avancement, je vais donc essayer, moi aussi, de répondre à cette question. Dans le même temps, une autre interrogation connexe se fait jour : « Quel a été/est le rôle de l’histoire dans ma jeune vie ? ». Comme pour l’autre question, dans les lignes qui vont suivre je chercherais à donner des éléments d’explications, plutôt qu’une réponse en bonne et due forme.

(suite…)

De la guerre picrocholine de Guillaume Foutrier

Illustration du "Quart livre" de François Rabelais par Gustave Doré (1832-1883)

Illustration du « Quart livre » de François Rabelais par Gustave Doré (1832-1883)

Les lignes qui vont suivre auraient dues être écrites il y plusieurs semaines, mais les impératifs des révisions de l’agrégation et désormais du CAPES m’ont obligés à repousser ce travail d’écriture jusqu’à aujourd’hui. De fait, je voudrais parler de la série de deux articles publiés par Guillaume Foutrier sur son blog et intitulée « A propos de la gauche, de l’histoire et « du roman national » « . Le premier article est lisible ici, alors que le second l’est . Le ton en est volontairement polémique puisqu’il s’agit d’une

Lettre ouverte aux historiens « rénovateurs » et autres « usagers » de la Congrégation pour la Vérité Universitaire de l’Histoire

A noter que depuis il a récidivé dans sa critique du CVUH avec un nouveau billet au titre provocateur : « La gauche qui fait genre ».

Certains penseront que mettre en lumière un épiphénomène, un peu d’écume au sein de la vaguelette du net historique français, n’est pas réellement très intéressant. C’est vrai. Surtout plus d’un mois et demi après le début de la polémique. Toutefois, je tiens à le faire parce que ça va me permettre d’apporter quelques précisions de biographie personnelle ainsi que d’adopter un positionnement quelque peu critique vis-à-vis d’un collectif dont j’apprécie globalement le travail, mais avec qui j’ai aussi certaines divergences. Le lecteur pourra ainsi se faire une opinion un peu plus complète en ce qui concerne ma position d’énonciation.

Avant de commencer, comme à mon habitude, je vais m’intéresser en détail à l’identité de l’auteur. Non pas nécessairement pour affirmer, par la suite, que la prose de Guillaume Foutrier est orientée, mais pour mettre en évidence son point de vue et à partir de quel positionnement, politique, historiographique ou idéologique, il s’exprime. De fait, Guillaume Foutrier est, sans nul doute réellement possible, un historien universitaire. Il possède assurément une formation historique universitaire, et il s’annonce lui-même, dans les commentaires de la « non-réponse » d’Olivier Favier à ses articles, comme « professeur agrégé ». Il demeure qu’il semble spécialisé en histoire moderne comme le prouvent son sujet de thèse, « Les marchands de Rouen, 1700-1815 », et sa contribution lors d’un colloque (dont sera tiré un livre) consacré à Gérard Gayot. Hormis cela, les quelques menues recherches que j’ai effectuées sur son compte ne permettent pas de démontrer que Guillaume Foutrier possède une affiliation partisane connue.

Les « anti-Deutsch » sont-ils tous « de gauche » ?

(suite…)