l'histoire est un combat

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Monthly Archives: mars 2014

Petites réflexions épistémologiques et sur les échelles spatiales

Louis Charles Desnos "Mappe-Monde ou Carte générale de la Terre divisée en deux hémisphères" (1766)

Louis Charles Desnos « Mappe-Monde ou Carte générale de la Terre divisée en deux hémisphères » (1766)

Le site internet Laviedesidées.fr est bien connu pour proposer depuis de nombreuses années, que ce soit en français ou en anglais, des articles critiques ou des comptes-rendus de livres dans la plupart des champs des sciences humaines et sociales. Par ailleurs, depuis le début de l’année 2013, le site s’est associé aux Presses Universitaires de France pour éditer une série de livres thématiques, compilation imprimée d’articles autour d’un sujet précis et parus originellement sur le site. Je suis récemment tombé sur un des ouvrages de cette série, Pour une histoire-monde, sous la direction de Patrick Boucheron et Nicolas Delalande. La lecture en a été passionnante. Cela m’a même fait changer d’opinion sur cet objet historiographique qu’est l’histoire globale. De fait, il y a quelques temps, j’avais eu un avis assez tranché sur l’intérêt de l’histoire globale. « Tout ça, pour ça », en somme.

La lecture de ce livre a été à ce point stimulante que je voudrais proposer deux remarques complémentaires à l’ouvrage, une sur un point précis d’un des articles et l’autre sur l’histoire globale en général.

Comparer des régions et des pays

L’article en question qui amène mon premier commentaire est la recension par Eric Monnet de l’ouvrage de Kenneth Pomeranz La Force de l’Empire. Révolution industrielle et écologie, ou pourquoi l’Angleterre a fait mieux que la Chine. Celle-ci est d’abord parue sur Laviedesidées.fr en janvier 2010, sous le titre « Le charbon et l’Empire ». Lors de sa parution papier, il a reçu un nouveau titre : « L’Angleterre, la Chine et la révolution industrielle ». De fait, l’idée force du travail de Kenneth Pomeranz est de comparer les niveaux de développement de deux territoires donnés, l’Angleterre et la vallée du delta du Yangzi, au début des années 1750. On peut être surpris par le choix comparatif opéré par l’auteur. En effet, Pomeranz tend à mettre en équivalence deux objets qui, s’ils peuvent avoir des points de ressemblance dans le fond, n’opèrent pas sur la même échelle géographique, l’un étant un pays tout entier, l’autre seulement une région.

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Les soldats des guerres de décolonisation, des héros ?

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Bannière d’accueil de Theatrum Belli

Les sites traitant d’histoire militaire sont nombreux sur le net. Certains très bons, d’autres moins. Le point commun qui relie à peu près toutes ces publications virtuelles est une fascination sans bornes pour la chose armée. Les soldats seraient, quelque soit le combat en question, des hommes valeureux à qui le grand public ne pourrait que, dans bien des cas, tresser des couronnes de louanges. Toutefois, comme l’a rappelé ce contributeur du Plus du Nouvel Observateur par rapport à l’esthétisation de la mort concentrationnaire nazie, traiter un sujet avec une vague de sentimentalisme ou de lamento dans la voix peut effacer tout le contexte pour ne retenir que l’émotion chez la personne qui recevra la production, écrite ou visuelle, en question. Un tel procédé peut poser des questions.

Pour illustrer cette idée, je voudrais prendre un exemple très récent trouvé sur le net au cours d’une pérégrination. Il s’agit d’un article récent du site Theatrum Belli titré « Hommage aux combattants d’Indochine (11 mai 2014) ». Celui-ci est une invitation de la part d’un « Collectif pour le souvenir des héros d’Indochine » à un événement de commémoration consistant en un « Hommage aux combattants d’Indochine ». Outre cela, les spectateurs de cet événement ne seront pas appelés à exercer un regard critique puisqu’il sera question de faire « Gloire aux héros d’Indochine ! ». De plus, la présence de nombreux militaires comme intervenants ainsi que le parrainage de Jean Luciani, ancien combattant d’Indochine et ex-prisonnier du Vietminh, n’encourage pas, malheureusement, à une vision critique des événements militaires indochinois.

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Agrégation d’histoire 2014 : beaucoup de soutien n’est pas suffisant pour aller loin

agregation-d-histoireA l’instar de l’an dernier, dans les quelques lignes qui vont suivre je vais entamer une réflexion introspective sur mes ressentis concernant les sujets et plus généralement cette phase d’écrits de l’agrégation d’histoire. Comme peut le faire comprendre le titre, je suis relativement peu optimiste sur mes chances d’aller auditionner devant le jury au lycée Louis le Grand à Paris. Néanmoins, plusieurs éléments positifs doivent être mis en lumière pour équilibrer ce tableau relativement sombre. Cela tient à l’esprit dans lequel j’étais avant les épreuves et plus généralement de la meilleure qualité de ma préparation.

De nombreux alliés. Des anciens, des actuels et de futurs ?

En ce qui concerne mon état d’esprit, plusieurs choses connexes m’ont rendu relativement plus serein que l’année dernière. Même si financièrement ma situation n’est pas extrêmement enviable, elle me met malgré tout moins sous pression que précédemment vis-à-vis de la nécessité de réussir le concours pour garantir une situation financière stabilisée. Dans un deuxième temps, le fait d’être en contact avec des élèves de tous âges me prenait certes du temps, mais cela avait l’avantage – tout comme le début d’une discipline sportive, le tir à l’arc – d’extraire mon cerveau d’une obligation de réflexion sur l’agrégation. Ce concours n’a pas occupé mes jours et mes nuits comme l’an dernier, ce qui a été, je crois, salutaire, au moins pour ma santé mentale. Enfin, le hasard du calendrier a voulu que j’ai la chance d’avoir à ma disposition les deux semaines des vacances scolaires d’hiver pour me consacrer entièrement aux révisions. Tous ces éléments conjugués font que j’ai abordé ces épreuves d’agrégation avec beaucoup moins de pression qu’auparavant.

Pour ce qui est de la préparation, outre un travail personnel qui a essayé d’être le plus efficace possible avec la prise en compte de mon travail d’assistant d’éducation à mi-temps, je l’ai senti légèrement meilleure que l’an dernier. En effet, l’intégration des connaissances nécessaires a été plutôt plus facile. Cela ne doit rien à un remède miracle ou un développement cérébral quelconque, juste la « chance » de ceux qui repassent le concours pour une deuxième fois avec une large partie des questions au programme déjà présentes l’année précédente. Dans le même temps, l’interaction que j’ai essayé de mettre en place à travers les « Fiches agrégation » sur mon ancien blog, a bien mieux fonctionné que je ne l’espérais. De fait, plusieurs personnes, entre 5 et 10 il me semble, sont venus s’adresser à moi pour échanger des fiches d’ouvrages. Cela n’a l’air de rien, mais ce sont des dizaines d’heures de gagnées pour du sommeil, d’autres fiches ou des exercices de préparation quelconques. Même si de nombreuses corrections ou améliorations devaient être effectuées, ce petit succès me conforte dans l’idée de la nécessité de développer cela à plus grande échelle. Dans les prochaines semaines ou prochains mois, des choses en ce sens vont sûrement naître sur ce blog.

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