l'histoire est un combat

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Monthly Archives: janvier 2014

De nouvelles récupérations de figures historiques par le Front National

jaures-FNS’il y a quelques temps Matthieu Lépine m’avait alerté, dans un commentaire sur mon ancien blog, sur la très nette propension du Front National à récupérer politiquement la figure historique « de gauche » de Jean Jaurès, je n’avais eu ni le temps ni l’occasion de traiter ce problème. Jusqu’à présent. En effet, il y a quelques jours Octave Nitkowski, jeune blogueur nordiste de 17 ans, a mis en évidence, à travers un article paru dans le Huffington Post, une nouvelle récupération politique du fondateur de L’Humanité. Le blogueur explique que le quiproquo prend place suite à la distribution du calendrier 2014 de Steeve Briois, candidat Front National aux élections municipales prochaines dans la commune d’Hénin-Beaumont et cadre du mouvement frontiste au niveau national. Le problème est que dans l’almanach frontiste le Jacques Bonhomme peut lire, dès la première page, cette citation, non sourcée… , de Jean Jaurès :

« Il ne faut avoir aucun regret pour le passé, aucun remords pour le présent, et une confiance inébranlable pour l’avenir ».

A travers cet article, je voudrais toutefois dépasser le strict « cas Jaurès », car il a déjà été bien traité, notamment par la Société d’études jaurésiennes. De fait, le parti fondé par Jean-Marie Le Pen fait feu de tout bois en ce qui concerne les récupérations politiques.

Le premier exemple que je vais prendre concerne Roger Salengro, homme politique socialiste et ministre durant le premier gouvernement Blum durant le Front populaire. Au cours des élections européennes de 2009, les citoyens appartenant à la circonscription Nord-Ouest (approximativement de Cherbourg à Lille) ont pu découvrir l’affiche suivante :

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Le problème de l’apparence des historiens

PUF1ercycleEtant donné que je considère l’histoire comme une science globale, pour ne pas dire totale, – en ce sens que rien, aucune époque ni sujet, n’échappe à ses questionnements et qu’aucune méthode et/ou outil de travail ne saurait être dédaigné pour son contexte d’utilisation habituelle (économie, philosophie, sciences du vivant etc…) – je ne rechigne pas à nourrir ma réflexion de toutes sortes de matériaux. Ce n’est pas un fait nouveau que j’introduis ici, puisque plusieurs fois j’ai réfléchi sur divers thèmes, par exemple la popularisation du savoir, à partir de ce que disait d’autres scientifiques.

De fait, aujourd’hui je voudrais renouveler l’expérience grâce à un texte de la philosophe Laura-Maï Gaveriaux intitulé « Ma vie avec Finkielkraut ». Ce dernier est paru sur son blog personnel en date du 7 novembre 2013. Outre ce texte, on trouvera des réflexions sociétales ou philosophiques qui me semble intéressantes. De même on pourra nourrir une réflexion autour de la « question noire » contemporaine à travers son cycle en cours d’articles sur les « Black reparations », même si l’auteure m’a avertie qu’il ne faut pas juger ces textes à travers un prisme historique.

Pour mon propos d’aujourd’hui, je vais reprendre quelques extraits de sa prose et voir en quoi elle s’applique bien au cas de l’histoire. Dans un premier temps l’auteure explique que :

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Retour sur la notion de génocide. Nouveaux éléments de réflexion et nouvelle manipulation (?)

Affiche de "Tamils against genocide", groupe luttant pour la reconnaissance du génocide des Tamouls par l'armée sri lankaise

Affiche de « Tamils against genocide », groupe luttant pour la reconnaissance du génocide des Tamouls par l’armée sri lankaise

Il y a de cela plusieurs mois je m’étais interrogé sur la validité et la pertinence de la catégorie de génocide pour des périodes qui ne connaissaient pas ce concept, ainsi que le problème de sa définition, qui ramène inévitablement à la Shoah et à la Deuxième Guerre mondiale. Je suis amené aujourd’hui à en reparler à travers la découverte de nouveaux documents qui peuvent aider à la réflexion autour du phénomène et des précédents actuels, que l’on appelle cela « proto-génocide » ou « massacre à tendance génocidaire » comme je l’ai proposé précédemment. De même, je voudrais attirer l’attention sur l’usage possiblement polémique du concept. Si cela n’est pas nouveau, qu’on se souvienne, par exemple, du développement de la théorie du génocide vendéen seulement quelques années avant le bicentenaire de la Révolution française en 1989, l’histoire asiatique contemporaine va nous fournir un nouvel avatar.

Tout d’abord il y a cet interview relativement « ancienne », toutes proportions gardées puisqu’il s’agit de mars 2009… , du psychiatre et anthropologue Richard Rechtman sur le site proceskhmersrouges.net. Le titre en est extrêmement évocateur puisqu’il s’intitule « L’intention génocidaire n’est pas écrite, elle est dans les actes ». De fait, le chercheur, ancien membre du Centre de recherche Psychotropes, Santé mentale, Société et travaillant désormais au sein de l’Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux (EHESS), explique, à travers le cas cambodgien, qu’une intention génocidaire n’a pas nécessairement besoin d’être écrite pour être réelle. Elle peut se déduire à travers les actes des protagonistes. Une telle idée pourrait remettre en cause ce que j’expliquais sur la répression sanglante de la révolte des Hereros en 1904-1905 par le lieutenant Von Trotha dans le Sud-Ouest Africain Allemand. Je n’y trouve aucun problème puisque je considère que je ne détiens pas la vérité universelle, et de loin ! Pour avancer dans ce thème de recherche il serait nécessaire de disposer de témoignages de soldats ayant réprimé, d’Hereros survivants ou d’un quelconque observateur extérieur et d’en faire la critique. A ma connaissance cela n’existe pas pour l’instant*.

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