l'histoire est un combat

Accueil » 2013 » décembre

Monthly Archives: décembre 2013

Basile de Koch, l’avant-garde des historiens de garde ?

07/07/2009. Basile Le Kock.

Bruno Tellenne, alias Basile de Koch, en 2009

Rentrer chez ses parents pour Noël cela a parfois du bon, et ce pas que pour retrouver des visages familiers. A travers cet article, ce blog va, en effet, se nourrir d’une découverte faite dans la vieille commode de ma chambre d’adolescent. Il s’agit d’un ouvrage, Histoire de France de Cro-Magnon à Jacques Chirac, écrit par Basile de Koch et illustré par Luc Cornillon. Dans mes souvenirs, à l’époque, il y a un peu moins de dix ans (le livre datant de 2004), je m’étais amusé de la drôlerie du propos, surtout que j’avais entendu parler de Basile de Koch comme quelqu’un appartenant à l’univers de l’humour, ou tout du moins du non-sérieux, et avait pris un certain plaisir à la lecture, même si on ne peut pas dire qu’elle m’ait marquée. Dorénavant, échaudé par le combat critique contre Lorant Deutsch et les historiens de garde en général, ainsi que nourri de distanciation critique par plusieurs années d’études et de réflexion autour de l’histoire, j’ai pris l’occasion de cette redécouverte pour relire le livre de façon critique. Le moins que je puisse conclure de cette expérience est qu’elle ne m’a pas déçue ! D’un souvenir d’écrivain non-sérieux, je me vois désormais confronté à l’appréciation d’un fatras plutôt réactionnaire, le tout couvert sous le prisme de l’humour.

Je sais ce que beaucoup de gens vont dire « C’est un satyriste, quel mal peut-il y avoir à ce qu’il parle d’histoire de façon décalée et drôle ? ». Certes, tout le monde peut écrire de l’histoire, et j’encourage chacun à le faire à travers une méthodologie rigoureuse et sans à priori, et à fortiori sur l’histoire de France. En outre, je n’ai aucune objection personnelle contre la personne de Basile de Koch et donc contre le fait qu’il vienne s’intéresser à l’histoire, tant que le parti pris en est clair, œuvre de « vulgarisation » historique ferme sur le fond mais fantasque dans la forme, d’écriture par exemple, ou absolument fantasque dans les deux. Or, la quatrième de couverture explique que

Après le succès de ses parodies de presse […], Basile de Koch […] signe ici un vrai-faux « manuel d’histoire à l’usage des cours élémentaires » qui, compte tenu de la baisse générale du niveau, sera lu avec profit par les anciens de élèves de l’ENA.

(suite…)

L’histoire à l’appui de revendications géopolitiques : le cas des îles Senkaku

Senkaku

Des nationalistes japonais sur l’ilot Uotsuri, part des îles Senkaku, le 19 août 2012

Devant l’empire de la nécessité et de fortes pressions états-uniennes, durant la seconde moitié du XIXème siècle, le Japon s’est peu à peu « ouvert » sur le reste du monde, tant asiatique qu’occidental, après deux siècles de « renfermement » quasi complet, seul le port de Dejima étant un mince lien avec les influences extérieures. Cette volonté d’expansion a pour but de résister à la pression européenne, très présente à l’époque par la colonisation progressive de l’Indochine par la France ainsi que les coups de boutoir portés à la souveraineté territoriale chinoise à travers la première et deuxième guerre de l’opium. Cela a conduit l’empire des descendants de Jinmu à rechercher des extensions territoriales, notamment au détriment de la dynastie mandchoue des Qing. Cela a conduit à la première guerre sino-japonaise entre 1894 et 1895. Un récit japonais en est disponible ici à travers l’ouvrage d’époque de Jukichi Inouye, A Concise history of the war between Japan and China. Le conflit se solde par une victoire japonaise et le traité de Shimonoseki. Ce dernier prévoit, au titre des concessions territoriales, que le Japon est désormais propriétaire de la presqu’île de Liaodong ainsi et surtout de Taïwan et les îles attenantes, dont les Pescadores et les Senkaku. Depuis 1971 trois entités étatiques se disputent le contrôle des quelques îlots en question : l’Etat japonais, la République Populaire de Chine sur le continent et la République de Chine basée à Taïwan.

Ce rappel historique a pour but de fixer le cadre chronologique et géopolitique du propos qui va suivre. Celui-ci se veut une étude de certaines justifications historiques alléguées par certains Japonais pour affirmer leur droit et leur légitimité sur les îles Senkaku. Si l’argumentaire japonais est ici ciblé, cela ne veut pas dire que les justifications chinoises et taïwanaises ne sont pas également de nature historiques. Néanmoins, elles ont déjà été décortiquées dans un article de Thierry Mormanne pour la revue Ebisu en 1996.

(suite…)