l'histoire est un combat

Accueil » 2013 » juillet

Monthly Archives: juillet 2013

Chthonic, une mise en musique de l’histoire de Taïwan ?

Chthonic. De gauche à droite : Doris Yeh, Dani Wang, Freddy Lim, Jesse Liu et C.J. Kao

Chthonic. De gauche à droite : Doris Yeh, Dani Wang, Freddy Lim, Jesse Liu et C.J. Kao

Si l’idée de cet article traînait depuis longtemps dans mon esprit, de nombreux contretemps m’ont obligés à le repousser à une date indéterminée. Du fait d’un emploi du temps un peu plus ouvert ces derniers temps, je vais donc m’atteler à la tâche. De fait, je voudrais parler aujourd’hui d’un groupe de métal taïwanais que j’apprécie particulièrement, Chthonic. Non ce blog ne glisse pas doucement vers un blog de critique musicale, loin s’en faut, car j’aimerais plutôt mettre en avant le rapport de cette formation musicale avec l’histoire. Si dans un premier temps mon billet se voulait critique pour essayer de mettre en lumière les réinterprétations et/ou déformations possibles des faits en faisant la part entre liberté artistique et convictions militantes, au final le billet ne pourra pas prendre cette forme. Outre le fait que je ne suis pas spécialiste de cette partie du monde, ma recherche, non exhaustive faute de temps, de documentation m’a conduit dans une impasse. Des recherches internet et la consultation des ressources des bibliothèques strasbourgeoises ne m’a permis de découvrir que deux ouvrages, Histoire de Taïwan de Lee Hsiao-Feng et A short history of Taiwan. A case for independence de Gary Davison, trop succincts et allusifs pour pouvoir constituer une base de travail sérieuse. De même avec les ressources internet. Peut-être ai-je mal cherché. Si un lecteur a la connaissance d’un bon ouvrage sur le sujet qu’il n’hésite pas à se manifester en commentaire. Par conséquent, cet article se veut plus une base de données pour un travail futur qu’une étude à proprement parler. Par ailleurs, j’ai envie d’exposer le fait que le discours à tendance historique peut s’insinuer partout, même dans la musique et ce pas uniquement dans des « chants historiques » tels que le Chant des partisans.

De fait, l’ensemble des paroles des chansons de Chthonic, et le dernier album Bû-Tik n’échappe pas exception à la règle, fait référence à des évènements, des personnages ou des mythes de celle qu’on appelait Formose il y a encore peu de temps. Cet aspect est très clairement assumé que ce soit dans les descriptions des albums que dans les clips. Nous en voulons pour preuve les références explicites à la présence japonaise dans l’île durant la première moitié du XXème siècle ou à l’enrôlement de quelques 80.000 jeunes taïwanais dans les forces impériales à partir de 1941 (Lee, Histoire de Taïwan, p. 79-80) dans le clip de la chanson Takao de l’album Takasago Army.

(suite…)

Une leçon pour Jean-Claude Peyrolle

fusille-pour-l-exemple

Exécutions à Verdun durant les mutineries

Dans de nombreux vite dit passés j’ai cherché à mettre en avant des articles, qu’ils proviennent de la presse ou de blogs, que je trouve intéressants. Toutefois, cette fois-ci le ton va se faire un peu moins cordiale. En effet, je voudrais mettre en avant un article écrit de la main de Jean-Claude Peyrolle et paru sur le site du Huffington Post. Titrée « Fusillée pour l’exemple ? », l’auteur s’interroge sur le récent limogeage de l’ex-ministre de l’écologie, Delphine Batho. Jusque là aucun problème me direz-vous. C’est vrai. Toutefois, c’est la façon de le faire qui est relativement gênante puisqu’il pense pouvoir tirer argument d’un exemple tiré de la Première Guerre mondiale, les caporaux de Souain, pour donner du poids à son propos. De même il réitère l’expérience avec cette fois-ci une confrontation entre le Zollverein, système d’union économique mis en place par les Etats qui allaient devenir l’Allemagne en 1871, et l’espace Schengen qui régit actuellement l’Union Européenne.

Nous ne nous lancerons pas dans une critique complète de ces deux points puisque chacun pourra comprendre aisément que les arguments n’ont aucuns liens entre eux. Toutefois, cela peut permettre de mettre en lumière un fait intéressant. En effet, pourquoi Jean-Claude Peyrolle prend la peine d’appeler l’Histoire à la rescousse de son argumentaire ? La seule explication qui me paraît viable est que la pseudo profondeur historique que ces comparaisons induisent permet de donner force à son propos. C’est comme si le prestige du passé faisait en sorte que ses dires deviennent légitimes ou tout du moins intelligents. Pour comprendre le pourquoi d’un tel phénomène il faut se replonger dans un peu d’historiographie. Pour cela, je ne résiste pas à reproduire un petit passage clair et limpide d’Antoine Prost dans son ouvrage Douze leçons sur l’histoire (p. 14-15). A l’entame d’un paragraphe intitulé « L’histoire en France : une position privilégiée », l’auteur affirme :

(suite…)

Des Européens en Australie avant James Cook ?

CrâneAlors que certains enragent et ne peuvent se résoudre à ne pas verser dans la basse saillie vaguement trollesque parce qu’ils ont trop conscience de l’acuité historique et méthodologique des critiques qui ont été portées contre leurs dires, cela serait faire trop d’honneur à ces médisants que d’élaborer une réponse en bonne et due forme, même si des éléments de la saillie pourrait prêter à débat. Une expression populaire sur les internets ne dit-elle pas « Don’t feed the troll » ? C’est donc le comportement que j’adopterais en guise de réponse.

En lieu et place de cela, je voudrais attirer l’attention sur une récente découverte qui pourrait remettre en cause les savoirs que l’on croyait acquis en ce qui concerne la colonisation européenne de l’Australie. C’est cela du bon révisionnisme historique !

 

De fait, l’auteur de l’article, Caroline Lafargue, fait état de la découverte en Australie d’un crâne anthropologiquement européen, mais qui daterait de la fin du XVIIème ou tout début du XVIIIème siècle. Or, la première présence européenne dans cette partie du monde est censée avoir eu lieu au cours des années 1770 avec l’expédition de l’Anglais James Cook. Si de nombreuses zones d’ombre entourent les conditions d’arrivée de ce reste humain dans la terre ancestrale des Aborigènes, il n’en demeure pas moins que cette théorie n’est pas aussi improbable que l’on pourrait l’imaginer. En effet, étant donné qu’à la fin du XVIIème siècle la Compagnie néerlandaise des Indes Orientales est déjà solidement implantée en Indonésie, il n’est pas rationnellement inenvisageable que des Hollandais aient eu connaissance de l’existence de l’Australie à travers des contacts avec les marchands locaux ou chinois (l’Indonésie étant connue des Chinois depuis les expéditions de Zheng He). Je ne suis pas spécialiste de l’histoire de l’Océanie et des relations qu’elle entretient avec l’Asie avant l’arrivée des Européens donc je ne saurais aller plus loin que de simples hypothèses vagues. Néanmoins, il me semble que cela pourrait être une piste de travail intéressante, même si elle peut être au final infructueuse.

(suite…)