l'histoire est un combat

Accueil » 2013 » juin

Monthly Archives: juin 2013

Lutter contre le Front National c’est bien, le faire sans violer l’histoire c’est mieux

noirielQue ce soit dans les commentaires de ce blog ou ailleurs, certaines personnes ont mis en avant une certaine partialité de notre part, notamment dans le choix des critiques que nous faisons ici, plus portées il est vrai, contre des personnes issues des rangs de la droite française et de tous ses avatars que contre la gauche. Nous reconnaissons bien volontiers cet état de fait, mais nous l’expliquons, entre autres, par la masse des articles et la morgue utilisatrice de la droite vis-a-vis de l’histoire. De même, notre non omniscience nous empêche de repérer tout ce que nous pouvons considérer comme des irrégularités possibles dans les discours médiatiques. Pour combler cela, sachez, chers lecteurs, que toute aide ou suggestion sera grandement appréciée. Ce n’est donc pas de la partialité de notre part, mais plutôt un aveu, compréhensible, de faiblesse.
L’objet de l’article d’aujourd’hui répond en quelque sorte aux critiques exprimées en préambule. En effet, nous allons chroniquer les dires d’une personne qui se place, publiquement et ouvertement (grand bien lui en fasse), à gauche. Nous voulons parler du blogueur Matthieu Lépine, professeur d’histoire-géographie et membre du Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon. Nous avons déjà eu l’occasion de nous intéresser a lui précédemment sur ce blog.

Si les différentes remarques qu’il avait pu émettre sur un de mes billets précédents n’étaient pas infondées, il n’en demeure pas moins qu’avec son dernier article, intitulé « Depuis toujours le capitalisme porte en lui la xénophobie », j’assiste une fois de plus, malheureusement, à une interprétation biaisée de faits historiques. Dans cet article il s’intéresse au massacre d’ouvriers italiens par des ouvriers français à Aigues Mortes en août 1893 et ce pour en faire le symbole du fait que le capitalisme est profondément et intrinsèquement xénophobe. Il en profite également pour tacler le Front National sur la question de leur haine contre les immigrés plutôt que leur critique contre le système capitaliste. Avant d’en venir aux arguments proprement historiques et sans vouloir défendre le parti de la dynastie Le Pen, plusieurs articles sur ce blog démontrent que nous pouvons avoir la dent très dure contre ce parti d’extrême-droite, il nous faut malgré tout constater que ce dernier utilisait en partie, lors des dernières présidentielles, la même rhétorique que Matthieu Lépine et ses camarades pour dénoncer l’immigration comme « une arme au service du grand capital ».

Tâchons désormais de faire oeuvre d’historien, au moins amateur, pour mettre en évidence ce qui me semble être une interprétation frauduleuse. Je n’attaquerais pas ici la véracité des faits rapportés par Gérard Noiriel, celui-ci étant un historien sérieux et reconnu pour cela, mais plutôt l’interprétation qu’en tire notre blogueur. Tout d’abord le titre. C’est en fait l’élément le plus contestable de l’article. Pour expliquer en quoi il y a, selon nous, méprise reportons nous aux définitions de « capitalisme » et de « xénophobie » telles que données par le Larousse. Dans sa version papier, édition 2006, ce dictionnaire explique que le capitalisme se définit comme :

(suite…)

Ienaga Saburô, Le développement d’une logique de négation dans l’histoire de la pensée japonaise

le-developpement-d-une-logique-de-negation-dans-l-histoire-de-la-pensee-japonaise-saburo-ienaga-9782913122239Ne connaissant pas l’auteur à priori, le choix de la lecture de ce livre est né de de la prise de connaissance de la quatrième de couverture. Celle-ci a le défaut de présenter l’auteur, comme combattant contre la censure de la vérité historique dans les manuels scolaires japonais, mais pas réellement le contenu de l’ouvrage, si ce n’est pour en dire que c’est – selon les aveux même de l’auteur – « devenu le prototype de la méthodologie que j’ai adoptée dans l’étude de l’histoire ». Par conséquent, nous pouvions nous attendre à une prose concernant ce que l’on appelle aujourd’hui les « usages publics de l’histoire ». Toutefois, le fait que la version originale du livre ait été publiée en 1940 venait contredire cette idée, mais je me suis rendu compte de ce détail après emprunt à la médiathèque. Néanmoins, cette légère erreur ne nous laisse pas en bouche le goût amer de la « tromperie » puisque cela nous a permis d’avoir une heureuse surprise à la lecture.

Avant de rentrer dans le vif sujet, attardons nous quelque peu sur l’organisation même de l’ouvrage. Comme l’explique Ienaga Saburô dans la préface, Le développement d’une logique de négation dans l’histoire de la pensée japonaise est la reprise, reformulée et corrigée, de trois articles paru en 1938 dans différentes revues scientifiques japonaises. Malgré cette naissance éclatée, il faut reconnaître que l’ensemble n’est pas un strict amoncellement d’articles épars sans cohérence, mais un récit qui, comme peut le laisser présager le titre, se suit selon un ordre chronologique, depuis la plus haute Antiquité jusqu’environ le premier quart du XXème siècle. Toutefois, on regrettera le fait que les différents chapitres ne reçoivent pas de titres particuliers, si ce n’est leur numéro. Enfin, il nous faut faire une mention toute particulière des très nombreuses notes de bas de page présentes dans l’ouvrage. Ces dernières sont parfois longues, mais elles ont le mérite d’apporter des éléments de compréhension supplémentaires, notamment les dates des personnages ou des oeuvres cités ainsi qu’une courte description. N’ayant pas connaissance de l’état de l’édition originelle, nous ne saurions dire s’il s’agit de rajouts des traducteurs, Hiroshi Matsuzaki et Bruno Smolarz, mais c’est en tout cas salutaire pour le profane que je suis.

(suite…)

Michel de Jaeghere et Franck Ferrand, « copinages » entre historiens de garde

Michel de Jaeghere

Michel de Jaeghere

Récemment je suis rapidement revenu sur le cas de l’historien de garde Franck Ferrand à travers son apologie outrancière de la chronologie et sa détestation de tout ce qui n’est pas chiffres, dates et grands hommes au seul motif que cela serait « compliqué ». Après cela je ne pensais pas reparler de lui aussi vite, mais il vient de valider une hypothèse personnelle sur ses relations avec les autres historiens de garde. De fait, aujourd’hui dans son émission radiophonique quotidienne sur Europe 1, l’animateur de L’ombre d’un doute recevait, entre autre, Michel de Jaeghere. C’est au parcours et aux qualifications de ce dernier que je vais m’intéresser aujourd’hui. A noter que je n’ai pas eu le temps d’écouter le fond de ce qui s’est dit durant l’émission donc ma critique ne portera pas sur cela.

De fait, Michel de Jaeghere n’est pas à proprement parler un historien de garde puisqu’il n’est pas cité, il me semble, dans l’ouvrage éponyme de William Blanc, Christophe Naudin et Aurore Chéry, il gravite autour de plusieurs personnages reconnus comme tels, notamment Jean Sévillia, chroniqueur régulier au Figaro histoire, et donc maintenant Franck Ferrand. De plus, il est directeur du Figaro histoire, revue très souvent attaquée, ici mais aussi et surtout ailleurs, pour son caractère volontiers réactionnaire, pour ne pas dire manipulateur ou falsificateur. Par ailleurs, quelques maigres recherches internet permettent de dresser un pedigree intéressant. Tout d’abord, on apprend qu’il a travaillé pour le, reconnu, très droitier journal Valeurs Actuelles (où travaille actuellement un certain Laurent Dandrieu, auquel nous n’avons pas fait que des éloges…), qu’il est apprécié, peut-être à son insu, par le site Fdesouche, qu’il donne des interviews au portail Riposte Catholique et surtout qu’il a été plusieurs fois, et pas plus tard qu’hier (10 juin 2013), l’invité de la très conservatrice station FM Radio Courtoisie (ici par exemple et plus généralement ).

(suite…)