l'histoire est un combat

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Monthly Archives: mars 2013

Rapport de combat d’un agrégatif

6a00e5500b4a6488330105370bee71970b-800wiCe titre pourrait peut-être choquer certaines personnes du fait de l’analogie avec le phénomène guerrier. Le but n’est pas de le banaliser et de me comparer avec les soldats français actuellement présents en Afghanistan et au Mali, mais personnellement j’ai réellement pris cette année de préparation de l’agrégation comme une certaine forme de combat contre moi-même tout autant que, forme de concours oblige, contre les autres concurrents. Outre les nécessaires et obligatoires lectures disciplinaires sur chaque question, la constante activation d’une réflexion autour de ma méthode historique, à travers ce blog notamment, a été une partie intégrante de ma préparation afin que cela devienne un automatisme. Je ne sais pas si cela a été totalement efficient, mais cela m’a également permis de garder un pied dans une pratique historique qui n’est pas uniquement tournée vers un concours.

Les écrits de l’agrégation d’histoire ont donc eu lieu entre le 25 et le 28 mars dernier. Les candidats de l’ensemble de l’académie de Strasbourg, dont je fais partie, se sont donc retrouvés dans la jolie petite ville de Sélestat pour ces quatre jours qui ont été pour le moins intenses. Sur la forme tout d’abord je me permets une remarque préliminaire. Ayant lu les derniers rapports de jury, notamment celui-ci, j’avais constaté que l’écart entre les inscrits et les participants réels pouvait être important, 3 participants sur 10 inscrits environ, et si je m’en reporte à mes propres constatations il semblerait que cette année l’écart soit également important. Par exemple ma salle était prévue pour environ une dizaine de personnes et au final nous n’avons été que 5. Je ne me réjouis pas de cet état de fait puisque je sais combien il peut être difficile de soutenir le choc moral que peut représenter l’everest qu’est parfois l’agrégation.

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Les réflexions d’un mathématicien au sujet de la popularisation du savoir

Cédric Villani

Cédric Villani

Cédric Villani, médaille Fields 2010 et directeur de l’Institut Henri Poincaré, n’est pas historien ou même spécialiste d’une des sciences sociales, mais il demeure que ses propos sur la popularisation de son savoir disciplinaire, les mathématiques, me semblent intéressants. Ceux-ci sont issus d’une interview accordée récemment sur le site internet du journal Le Monde en date du 21 mars. Avant de reproduire le texte, je voudrais insister sur une remarque de l’auteur qui me semblent très importante. Au cours de l’entretien, Cédric Villani explique très justement :

La vulgarisation remplit la fonction de rapprocher au niveau intellectuel et sensible les chercheurs et les autres. C’est important aussi pour des raisons très pratiques : le jour où les gens ne comprendront plus à quoi servent les scientifiques, les politiques couperont les subventions correspondantes et la recherche s’arrêtera. La communauté scientifique a donc le devoir naturel d’expliquer ce qu’elle fait aux gens qui la soutiennent.

L’application d’une vision aussi sinistre au champ scientifique de l’Histoire n’est pas inenvisageable, mais le caractère fortement identitaire de l’Histoire et de son enseignement en France, qui tire ses racines de la IIIème République et de sa nécessité de souder la Nation face à un ennemi commun, le nouvel Empire Allemand, fait qu’une disparition complète semble peu probable. Néanmoins, une réduction à une simple glorification des « grandeurs de la France » ou l’obligation légale pour les historiens de mettre l’accent sur des faits ou personnages historiques s’insérant dans une idéologie préconçue (l’exemple de l’idéologie communiste, telle que définie par Marx et Engels à la fin du XIXème siècle, et de la revisite du personnage de Gracchus Baboeuf comme un « pré-communiste » étant en cela éclairant), pourrait-on encore sérieusement appeler cela de l’Histoire ? Répondre par l’affirmative serait, à mon sens, trahir les fondements mêmes de la liberté de la recherche scientifique, à fortiori dans une discipline à tendance fortement indépendantiste vis-à-vis du pouvoir politique telle que l’Histoire.

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L’Union européenne derrière Byzance

Hyperpère d'or d'Alexis Ier Comnène (1056-1118)

Hyperpère d’or d’Alexis Ier Comnène (1056-1118)

Dans de nombreux milieux politiques et journalistiques la critique des règlements, comportements ou institutions de l’Union européenne est un succès électoral ou médiatique assuré. Si cela peut parfois se comprendre, encore faut-il que les arguments utilisés soient pertinents. Pour certains l’adjonction d’une comparaison historique peut être l’élément pertinent en question. C’est le parti qu’a pris Peter Frankopan dans un article publié originellement sur le site internet du Guardian et traduit par la suite sur Presseurop.eu. L’auteur tend à vouloir tirer avantage d’une comparaison entre les crises multiples de l’empire byzantin à la fin du XIème siècle et les soubresauts que connaît actuellement le fonctionnement de l’Union européenne. Si ce processus peut être la genèse de réflexions possiblement fécondes, il nécessite de bien faire attention à ne pas effectuer des simplifications ou tordre des faits pour que la comparaison rende la critique sous-jacente plus efficace. C’est là que le propos Peter Frankopan est tendancieux. Certes, sa torsion des faits n’a pas la gravité des malversations de la figure historique de Jean Jaurès par le Front National ou le biais idéologique dans la pensée de Bernard Lugan au sujet de la fusillade du 17 octobre 1961, mais il demeure qu’elle doit être dénoncée puisque cela participe d’une même idée profonde : faire dire à l’histoire ce qu’on a envie et pas ce qu’elle nous explique réellement. N’étant pas un fin connaisseur de l’histoire byzantine, je m’aide des plusieurs ouvrages : Le monde byzantin, tome II L’empire byzantin sous la direction de Jean-Claude Cheynet, Byzance. L’empire romain d’Orient du même auteur mais seul et Le monde byzantin du milieu du VIIIème siècle à 1204. Economie et société de Georges Jehel, Bosko Bojovic et Vassa Conticello. Des ressources internet peuvent être ajoutées si besoin.

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