l'histoire est un combat

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Monthly Archives: octobre 2012

Poitiers, 732 : symbole des mirages historiques de l’extrême-droite

A gauche le sanglier, symbole du Bloc Identitaire. A droite le bouclier frappé du lambda, emblème de Génération Identitaire, section jeunesse du Bloc Identitaire

A gauche le sanglier, symbole du Bloc Identitaire. A droite le bouclier frappé du lambda, emblème de Génération Identitaire, section jeunesse du Bloc Identitaire

Malgré les nombreuses occupations qui m’accablent, je prends la plume aujourd’hui suite à plusieurs détails intéressants lors de la dernière manifestation du groupe d’extrême-droite Génération Identitaire, organisation de jeunesse du Bloc Identitaire, avec le déploiement d’une banderole appelant à un référendum sur les sujets de l’immigration et d’une prétendue, selon eux, « islamisation » de la France au-dessus de la mosquée en construction à Poitiers. Pour plus de clarté je reproduis ici une représentation de la banderole en question :

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Toutefois, avant de parler de la référence la plus clairement visible, la date de 732 et le renvoi vers la célèbre « bataille de Poitiers », même si celle-ci n’a pas eu lieu dans le bucolique Poitou, mais plutôt en Touraine, je voudrais évoquer quelque chose qui ne laisse pas insensible mon coeur d’helléniste. Certes, de nombreuses descriptions de boucliers sont connues pour l’Antiquité grecque que ce soit dans des contextes héroïques, notamment le bouclier d’Héraclès dans le poème d’Hésiode, ou humains, de nombreuses descriptions de boucliers ou de représentations de combats hoplitiques sur des vases laconiens, mais aucun ne semble porter l’iconographie ci-dessus. Tous sauf un. En effet, si on rapproche ce symbole de celui que l’on peut voir sur le bouclier des Spartiates dans un film récent, 300 de Zack Snyder, il est éventuellement possible de trouver un lien. Néanmoins, la présence de ce lambda (Λ) sur le bouclier spartiate n’est pas qu’une simple fantaisie hollywoodienne puisque l’on connait des évocations de ce symbole grâce à des textes d’Eupolis, transmis par Photius, et de Xénophon, très fin connaisseur de l’armée spartiate de la fin du Vème/début du IVème siècle avant notre ère puisqu’il en a fait partie. Si le rapprochement Génération Identitaire/Sparte ne peut être à la base qu’une simple hypothèse, également envisagée ici, elle devient une évidence lorsque l’on écoute attentivement le texte de la « déclaration de guerre » de Génération Identitaire où on peut trouver cette phrase :

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Une France née avec les Romains ? Lorant Deutsch et l’Antiquité

Lorant Deutsch, auteur de "Métronome"

Lorant Deutsch, auteur de « Métronome »

Après une critique globale, je reviens une nouvelle fois sur le cas de l’article de Laurent Dandrieu et de son article consacré au Métronome de Lorant Deutsch dans le dernier numéro du Figaro Histoire. Toutefois, il s’agit de traiter d’un aspect particulier, l’étude de toutes les erreurs ou malhonnêtetés intellectuelles de ce papier pouvant allègrement noircir de nombreuses pages, puisqu’il s’agit du rapport du journaliste de Valeurs Actuelles, et plus généralement de Lorant Deutsch, avec l’Antiquité. Tout d’abord citons Laurent Dandrieu (p. 10-11) :

Métronome n’est pas une énième histoire de Paris, c’est une flânerie qui évoque vingt siècles de roman national au gré des stations de métro qui lui tiennent lieu de feuille de route : vingt et une stations, une par siècle, de Cité, pour raconter la naissance de la ville, à La Défense, pour évoquer sa modernité, en passant par Notre-Dame-des-Champs, pour évoquer le martyre de Saint Denis, Invalides, pour le Grand Siècle, ou Bastille, pour la Révolution…. Deux mille ans d’histoire de France balayés en 380 pages […].

Outre le fait que nous avons ici un magnifique exemple de parisianocentrisme et de confusion où l’histoire de France se résume à l’histoire de Paris, si nous prenons l’auteur au mot, le « roman national » commencerait avec l’arrivée des Romains et la conquête de la Gaule par César. Mon côté antiquisant saigne à cette simple évocation, autant pour ma marotte de l’antiquité grecque que pour mes amis et camarades celtisants. De fait, c’est comme les peuples gaulois n’avaient pas d’histoire, en tout cas pas digne d’être racontée, le seul ex-cursus avant le premier siècle avant notre ère expliquant seulement la différence entre le nom celte des Kwarisii et gaulois des Parisii (p. 11), avant la conquête romaine. En ce qui concerne la centralité de Paris dans l’histoire de France, je ne saurais trop rappeler que la conquête romaine de la Gaule n’a pas eu comme point d’orgue la défaite de Camulogène et du peuple des Parisii. En effet, dans le livre VII de son Commentaire sur la Guerre des Gaules (disponible en téléchargement libre ici), César n’y fait référence que par cinq courts paragraphes (VII, 57 à 62) et son caractère secondaire est affirmé par la présence de Titus Labienus, second de César, et non du général lui-même. De plus, certes nous connaissons des statères d’or frappés par les Parisii, mais ils ne sont aucun cas le peuple le plus important de Gaule comme le montre cette carte.

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Drôle(s) d’anniversaire(s)

histoire_memoire_01Je décide d’écrire aujourd’hui suite aux déclarations récentes du ministre délégué aux Anciens Combattants, Kader Arif, à propos du jumelage des futurs anniversaires du centenaire de la guerre de 1914 et le soixante-dixième anniversaire des débarquements alliés en 1944. Ceux-ci seront placés, d’après ce qui est connu, sous le signe de l’honneur rendu à ceux qui ont défendu le pays. Je confesse que ma connaissance de cette démarche gouvernementale n’est pas due à une vigilance personnelle, mais grâce à celle de Nicolas Offenstadt, maître de conférences en histoire médiévale à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne, notamment à travers quelques posts sur Twitter (ici ou encore ). Même si le projet commémoratif est plus large puisqu’il englobe l’ensemble de la période 2014-2018 pour ce qui est de Première Guerre mondiale, et l’intervalle chronologique 2013-2015 en ce qui concerne le soixante-dixième anniversaire de 1944, la focale est mise sur 1914, notamment à travers le paragraphe 7 du projet de loi de finances 2013 du ministère délégué en charge des anciens combattants. Ce dernier contient le texte suivant :

7 Le lancement d’une nouvelle séquence mémorielle

Afin de poursuivre les efforts de l’État dans la rénovation de ses nécropoles et hauts lieux de mémoire, ainsi que de préparer deux anniversaires majeurs en 2014, à savoir le centenaire du début de la Première Guerre mondiale et le 70e anniversaire des débarquements, le budget consacré à la politique de mémoire est augmenté de 6 M€, soit une hausse de 52 %, passant de 11,3 M€ à 17,2 M€.

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