l'histoire est un combat

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Monthly Archives: juillet 2012

La mémoire historique sélective ou le complexe de l’Histoire écrite par les vainqueurs

Photographie de l'intérieur du Vélodrome d'hiver par le magazine Life

Photographie de l’intérieur du Vélodrome d’hiver par le magazine Life

Dans son ouvrage Les frères ennemisparu il y a près d’un demi-siècle maintenant, Robert Brasillach affirmait que « L’Histoire est écrite par les vainqueurs »Ailleurs sur ce blog, je m’étais déjà montré sensible aux problèmes que peut poser ce principe s’il est utilisé comme postulat historique. En effet, la majorité des sources, formant un récit sur le thème étudié, proviennent de ce que le vainqueur a bien voulu laisser derrière lui, c’est-à-dire une vision plutôt à son avantage ou ne l’égratignant qu’assez superficiellement. Si je parle de cela aujourd’hui c’est pour donner mon point de vue sur les réactions que l’on a pu entendre suite au discours de François Hollande lors de la cérémonie de commémoration du 70ème anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv, les 16 et 17 juillet 1942. Je reproduis ici le passage qui a introduit la polémique :

La vérité, c’est que la police française, sur la base des listes qu’elle avait elle-même établies, s’est chargée d’arrêter les milliers d’innocents pris au piège le 16 juillet 1942. C’est que la gendarmerie française les a escortés jusqu’aux camps d’internement. La vérité, c’est que pas un soldat allemand, pas un seul, ne fut mobilisé pour l’ensemble de l’opération. La vérité, c’est que ce crime fut commis en France, par la France.

Les réactions publiques les plus hostiles à cette citation sont les oeuvres d’Henri Guaino, député de la troisième circonscription des Yvelines depuis le 17 juin dernier, de Jean-Pierre Chevènement, sénateur du Territoire de Belfort et président d’honneur du Mouvement Républicain et Citoyen, et Paul-Marie Couteaux, président de Souveraineté, indépendances et libertés et proche du Front National.

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Historock la commerciale contre Histgeobox la pédagogique

Histgeobox vs Historock. Montage de l'auteur.

Histgeobox vs Historock. Montage de l’auteur.

Le titre de cet article aurait également pu être « l’histoire des grands hommes face à l’histoire par la structure » tant l’opposition est quasiment caricaturale. Pourtant à la base on retrouve une même volonté : populariser, dans le sens de rendre populaire, l’étude de l’histoire grâce à la médiation de la musique. Comme pour de nombreuses choses, si le dessein de départ est absolument louable et rassemble le plus grand nombre, le consensus est beaucoup plus difficile à trouver en ce qui concerne les moyens pour atteindre ce but final. Avant de juger et de choisir le projet qui nous semble le plus intéressant, il faut d’abord les présenter en commençant par Historock.

Historock est parti d’une idée qui a germé dans l’esprit de Dimitri Casali en 1999. Ce dernier est,  selon le site même d’Historock,

Historien, spécialiste de Napoléon, directeur de collection et passionné de musique.

Sa caution pédagogique est donnée par le fait qu’il a été

longtemps professeur d’histoire en ZEP

dans des établissements de Saint-Cloud ou de Cergy-Saint-Christophe. A propos de ses collaborateurs dans le projet, on ne peut pas dire que Dimitri Casali leur laisse une grande place puisqu’ils ne sont cités qu’une seule fois au sein de la section biographique du site alors que l’on parle également du fondateur dans la section concept. Outre le fait que le titre de la partie biographique ne mentionne que Dimitri Casali et non les autres, il est également intéressant de noter que la biographie du fondateur du projet est infiniment plus longue que celle de ses camarades. De même, l’adresse email et l’ensemble des contacts sont au nom du fondateur et non commun au groupe tout entier. In fine, tout ceci peut être vu comme de simples pinaillages, mais à mon sens ils sont révélateurs d’une tendance à la personnalisation. M. Casali veut faire comprendre qu’Historock est son bébé et rien que le sien.

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Brevet d’histoire-géographie/ECJS 2012 : fils spirituel de Guy Môquet ?

Nicolas Sarkozy à la base française de Tora Bora, le 12 juillet 2011.

Nicolas Sarkozy à la base française de Tora Bora, le 12 juillet 2011.

Je voulais parler de ce sujet depuis que j’en ai pris connaissance, au début du mois de juillet, mais les soubresauts de la querelle deutschienne m’ont forcé à repousser l’écriture de cet article. Mon intérêt cette année pour le brevet des collèges, le mien remontant à très longtemps maintenant, est venu suite à la lecture du témoignage et du point de vue de Véronique Servat, professeure d’histoire-géographie au collège Paul Eluard de Montreuil. Celui-ci est paru sur le site Le plus du Nouvel Observateur en date du 30 juin dernier. L’enseignante explique, de manière claire et sobre, ce qui la choque : les sujets des épreuves d’histoire-géographie et d’ECJS. Il s’entend que nous discutons des sujets des épreuves de la série générale, ceux qui ont été distribués au plus grand nombre d’élèves. A noter que les arguments utilisés sont de deux ordres : pédagogiques et plus politiques. Le titre s’explique par le fait qu’à mon sens on peut retrouver la même logique entre la lecture de la lettre de Guy Môquet voulue par Nicolas Sarkozy et le brevet des collèges de cette année

Pour rester, dans un premier temps, sur les arguments strictement pédagogiques, il nous faut nous pencher sur l’épreuve d’histoire. Celle-ci est disponible en ligne sur le site du Web pédagogique. Elle se compose de trois documents, trois questions (sur 3, 2 et 3 points) et d’un paragraphe argumenté d’une vingtaine de lignes (10 points). Le premier document est un texte d’une petite dizaine de lignes, une lettre d’un poilu à sa mère tiré de l’ouvrage de Jean-Pierre Guéno et Yves Laplume, Paroles de poilus : lettres et carnets du front, 1914-1918L’auteur de la lettre, Gaston Biron, décrit les conditions de vie difficiles et précaires dans les tranchées en septembre 1916. Les deux derniers documents mettent en lumière, grâce à des illustrations, la condition des femmes dans une usine de fabrication d’armement ainsi que les besoins financiers de l’Etat français par le biais d’une affiche appelant les Français à souscrire au « 3ème emprunt de la défense nationale ». La première image nous montre six femmes de front au premier plan et plusieurs autres à l’arrière plan, toutes étant entourées par de nombreux obus. Leurs expressions faciales sont graves, mais on peut sentir une certaine fierté du travail accompli grâce à des rictus sur le visage de certaines des femmes du premier plan, les visages de celles de l’arrière plan étant trop petits pour pouvoir deviner la nature de leurs émotions avec un certain degré de certitude.

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