l'histoire est un combat

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Monthly Archives: juin 2012

La place de l’Histoire et de son enseignement dans le monde : quelques cas choisis

V.S. Izmozik, S.N. Rudnik, Istorija Rossii (Histoire de la Russie), manuel de 11e année, Moscou, Ventana-Graf, 2009

V.S. Izmozik, S.N. Rudnik, Istorija Rossii (Histoire de la Russie),
manuel de 11e année, Moscou, Ventana-Graf, 2009

M’intéressant depuis longtemps à l’Histoire, au monde de l’enseignement et à la politique, j’ai eu la possibilité ces dernières années de lire des articles, dans différents médias, traitant des rapports complexes entre la liberté historienne et ce que les pouvoirs, démocratiques ou pas, veulent faire voir de l’Histoire ainsi que les valeurs qu’ils veulent inculquer à travers de l’enseignement dans les classes obligatoires. Pour cet article je retiendrais les cas de la Russie et des Etats-Unis.

En Russie l’écriture des premiers manuels scolaires après la chute du régime soviétique a été l’occasion d’un revirement à 180 degrés pour la vision de certains personnages historiques. En effet, les révolutionnaires d’octobre 1917, auparavant loués par le régime communiste comme des héros, sont désormais vus comme des individus fanatiques et cruels. De même Andrei Jeliabov, meurtrier d’Alexandre II en 1881, roi bien considéré par l’histoire officielle du régime, est voué aux gémonies pour son attentat. A l’inverse les répressions, souvent dans le sang, des révoltes durant les règnes des souverains Pierre le Grand, Nicolas II et Alexandre II sont minorées, pour ne pas dire tues, alors que dans le même temps on chante les louanges de leurs, réelles, actions réformatrices et modernisatrices de l’Etat russe. Le cas de Staline est à la croisée des chemins, entre le dégoût des purges et la félicitation pour la victoire contre les Nazis durant la Deuxième guerre mondiale et l’industrialisation du pays. Les emprunts sont tels que, dans un discours daté de février 2011, Dimitri Medvedev tend directement des ponts entre le passé et le présent, les réformes d’Alexandre II et les siennes. De fait il se place comme son continuateur.

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De la bonne popularisation

Détail du tableau de Raphaël "L'école d'Athènes" (vers 1509-1510)

Détail du tableau de Raphaël « L’école d’Athènes » (vers 1509-1510)

L’idée de ce post me vient après le début de la lecture du livre Histoires grecques par Maurice Sartre, professeur émérite de l’Université de Tours et grand spécialiste de l’histoire grecque et latine du Proche-Orient et de la Syrie. Le principe de base de ce livre est de prendre appui sur plusieurs documents de base, tels que les tessons qui ont servis à ostraciser Thémistocle, l’imitation arabe d’une monnaie athénienne du IVème siècle ou un chapiteau ionique en bois trouvé sur les bords de l’Amou Daria, pour pouvoir parler des sujets les plus divers de la culture grecque, la colonisation, l’éducation, le commerce ou encore les relations entre les Grecs et les populations locales. Ma lecture n’est pas encore terminée, mais de ce que j’ai pu lire à présent, le chapitre sur la colonisation par exemple, le contenu est pointu, précis et donne de nombreux points de vue de l’historiographie actuelle. Qui plus est la méthode historique est respectée, même si on peut regretter l’absence de bibliographie finale ou de chapitre ainsi que les références aux ouvrages cités. Si certains pourraient dire qu’il s’agit d’une coquetterie et que je fais la fine bouche, mais je demeure convaincus que le choix de quelques simples publications générales sur chaque sujet permettraient aux lecteurs non connaisseurs de pousser plus loin leurs investigations. Dommage. Malgré tout on notera l’utile glossaire présent à la fin du livre pour donner une courte définition de termes grecs ou spécifiques à l’étude de l’histoire grecque. De même, la présence de cartes en début de volume peuvent permettre à n’importe quel quidam de bien saisir ce qu’était la géographie du monde grec. Par ailleurs, le style d’écriture est agréable à lire et assez simple pour que n’importe quel passionné d’histoire grecque puisse passer un bon moment de lecture.

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