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« Oradour, 10 juin 1944. Arrêt sur mémoire » de Sarah Farmer : l’histoire des « Malgré nous »

Farmer-Sarah-10-Juin-1944-Oradour-Arret-Sur-Memoire-Livre-396907530_MLJe voudrais parler aujourd’hui d’un livre que je viens de finir récemment, Oradour, 10 juin 1944, arrêt sur mémoire de Sarah Farmer. Je connaissais, bien sûr, l’histoire de ce petit village de Haute-Vienne dont une large partie de la population, 642 personnes sur environ 1.500, a été massacrée par la division SS « Das Reich ». Cette dernière remontait vers la Normandie depuis son cantonnement à Bordeaux après le débarquement allié, quatre jours plus tôt. Je ne raconterais pas ici le déroulement de cette journée puisque Sarah Farmer s’y attelle de manière très détaillée au cours du premier chapitre (p. 25-41) et que des exposés se trouvent assez aisément sur le net. En arrivant en Alsace, il y a quasiment deux ans, j’ai pu découvrir un aspect du deuxième conflit mondial qui m’était inconnu : le cas des « Malgré nous ». Avant d’en venir à eux, il faut faire une digression sur le statut de cette région à cette époque. Comme le montre cette carte de l’extension du IIIème Reich en 1944, l’Alsace est, comme la Moselle, devenue une terre sous administration allemande et répondant aux lois allemandes. En conséquence, les jeunes alsaciens et leurs parents, ceux qui n’avaient pas fui au cours de la campagne de France, devaient intégrer soit les Jeunesses hitlériennes, soit les corps d’active et de réserve de la Wehrmacht. Les « Malgré nous » sont donc ces personnes qui ont servi, le plus souvent contre leur gré, au sein de l’armée allemande. Quel lien me direz-vous entre les malheurs de ces incorporés de force et la paisible vie de ce petit village ? En fait, au sein du bataillon qui a saccagé le village, certains des membres étaient des « Malgré-nous ». Même si en 1953, au cours du procès de Bordeaux, raconté des pages 159 à 196, l’ensemble des représentants alsaciens se défendent en argumentant de l’impossibilité pour eux de résister, de façon passive ou active, et pour les soldats de désobéir, la rancune, nourrie par la douleur d’avoir parfois perdu la quasi-totalité de sa famille ou de ses amis dans le massacre, demeure extrêmement vive entre les Haut-Viennois et les Alsaciens. L’amnistie finale des Alsaciens, afin de sauvegarder l’unité de la Nation, laisse toujours un sentiment amer aux victimes. Du côté de l’Alsace, il est intéressant de noter qu’à l’instar de ce qu’avais démontré Henry Rousso pour le rapport de la France avec la période de Vichy (Le syndrome de Vichy. De 1944 à nos jours), la conscience collective demeure, encore aujourd’hui, fortement marquée, presque de manière obsédante, par cette épisode et le sentiment de rejet que, selon certains, lui ferait sentir la France de l’intérieur.

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